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Restauration d'une deuxième toile du XVII° siècle de l'église de Bazugues (Gers)

Jacques LAPART

 

Une première note parue en 1999 dans notre bulletin a rendu compte de la restauration en 1998 d'une première toile peinte du XVII° siècle de l'église de Bazugues . Dans l'exercice suivant, une deuxième restauration a été réalisée toujours par l'atelier Terres d'Ombres de Madame Sclauzéro. Retrouvée dans les mêmes conditions que le tableau précédent, cette toile représente une Crucifixion. La signature par P.Espinet, visible entre les pieds de saint Jean ne fait aucun doute.

Le Christ en croix apparaît sur un fond très sombre heureusement animé par deux anges messagers de Dieu. A l'arrière plan, les constructions et le paysage sont peu visibles. La Vierge qui porte une robe rouge en partie dissimulée par un grand manteau bleu est représentée de trois-quarts, le visage tournée vers le Christ, les bras tendus, les paumes tournées vers le ciel. Saint Jean debout à gauche de la croix, porte un vêtement vert clair recouvert d'un ample manteau rouge. Son attitude est gauche et un peu raide. Madeleine assise (agenouillée ?) qui enserre de ses bras le bas de la croix, est revêtue de superbes étoffes multicolores. Au premier plan devant elle, on distingue comme fréquemment un crâne et un pot à parfums. Il faut noter que Madeleine et saint Jean ont le même visage. Au bas de la croix, la date 1619 est indiscutable.

La palette chromatique utilisée est très belle et la représentation des étoffes particulièrement réussie. On remarque une certaine raideur dans les attitudes et toujours les mêmes maladresses dans la représentation du corps humain avec néanmoins un beau travail assez fin dans pour les mains et les visages. Dans les deux toiles, on retrouve ces différentes détails avec comme points communs une belle recherche sur la représentation des tissus et des drapés. Ici aussi le blason peint sur la croix en partie basse avait été masquée par un repeint plus récent.

Notre confrère M.de Monsembernard que je remercie vivement, m'a fait savoir que cela ne pouvait pas venir d'un changement de famille dans la seigneurie car " malgré les apparences les Baron de Sanssot et les Baudéan de Sanssot sont une même famille¸ Marguerite de Bertrand, l'épouse de Pierre Baron de Sanssot avait apporté à son mari une maison noble du nom de Baudéan située dans l'actuelle Haute Garonne à la limite des communes de Lavernoise et de Bérat¸Tandis qu'à leur mort, l'aîné de leurs fils Laurent héritait de Sanssot, le cadet Jean-Françoit héritait de Baudéan. La descendance de ce dernier s'éteignit dans les années 1770 avec son petit-fils François de Sanssot seigneur de Baudéan qui fit héritier son jeune cousin et homonyme François de Sanssot arrière-petit-fils de Laurent¸ La descendance masculine s'est éteinte en 1860 avec Ferdinand de Baudéan de Sanssot. L'actuelle propriétaire du château de Sanssot, Madame Watier en descend en ligne féminine ". Il s'agit du même donateur que pour la première toile restaurée. Je ne sais donc pas expliquer pourquoi le blason d'origine a été masqué par un repeint.

Quant à l'histoire du tableau, la restauratrice Madame Sclauzéro a noté : " le peintre a utilisé la technique flamande qui consiste à mettre une sous-couche de couleur blanche sous les couleurs garance et bleu de la robe et du manteau de la Vierge. Cela permet de rendre les couleurs éclatantes et pures. Les autres teintes sont peintes sur des sous couches grises, brun rouge, ocre jaune ou terre de sienne naturelle ce qui éteint un peu l'éclat des tons tout en saturant la couleur ».

Aucun renseignement n'est encore venu éclairer la carrière du peintre Espinet qui semble assez complexe. A l'opposé de la précédente plus italianisante, cette nouvelle toile appelle à des rapprochements avec l'école flamande, peut-être avec des gravures représentant la Crucifixion réalisées par Durer vers 1508/1511. Il nous semble aussi intéressant de signaler des analogies possibles entre l'oeuvre gersoise et la Crucifixion datée de 1619 peinte par Guy François pour l'église du collège des Jésuites du Puy en Velay. De retour de Rome, cet artiste fait un séjour à Toulouse dans les années 1610-1612 où il réalise plusieurs toiles pour l'église Saint Pierre . Une très bonne copie ancienne d'une de ces toiles figurant le sacrifice d'Isaac est conservée dans l'église de Fleurance .

Si, comme nous le proposons, le peintre Espinet a eu des liens avec Toulouse, le prieur Gabriel Baron de Sansot a pu avoir des contacts avec le milieu artistique de la ville lors du brillant mariage de son frère Pierre qui épouse en 1612 Marguerite de Bertrand d'une riche famille parlementaire toulousaine. Il ne s'agit là que de quelques hypothèses et nous laissons à d'autres plus savants que nous le soin d'étudier en détail ces belles toiles de Bazugues que cette note veut surtout sortir de l'oubli.

Les tableaux du début du XVII° siècle sont rares en Gascogne : on peut citer la Crucifixion de l'église du Pradau à Condom qui porte une inscription sur le bas de la croix fait faire l'an 1625 par B.Noguès. A.B. D'un esprit différent, elle a néanmoins quelques points communs comme la présence des anges dans le ciel de part et d'autres du Christ.

On peut ajouter une autre Crucifixion de l'église du Lin (commune de Lelin-Lapujolle-Gers) datée du XVII° siècle. Toujours de cette période, une Crucifixion de l'église de Mazerettes (commune de Mirande) est en cours de restauration. Nous avons aussi fait protéger récemment plusieurs toiles importantes illustrant un cycle de la Vierge offertes à l'église de Manas avant 1675 par un ecclésiastique mort à cette date.. Le nom du peintre est pour l'instant inconnu mais une restauration révélera la belle qualité des toiles aujourd'hui très sales

Il faut citer aussi une extraordinaire toile conservée dans la collégiale de La Romieu (Gers) mais venant de l'ancienne église Saint Caprais qui représentent trois personnages en pied saint Fabien pape, saint Roch et saint Sébastien correspondant sans doute à un bel ex voto consécutif à une épidémie de peste que l'on peut rapprocher d'une oeuvre de l'église Saint Mathieu de Montpellier datée de 1654 .

La cathédrale de Condom(Gers) conserve un tableau Joseph et l'enfant Jésus payée en 1688 au peintre toulousain Jean Pierre Rivals par les consuls de la ville .

Le blason du tableau de La Romieu n'a pas encore été identifié mais il correspond à un notable (sans doute ecclésiastique, un prieur) de la région. Ceux-ci pouvaient dès le début du XVII° siècle être en contact avec des artistes de qualité. Une quittance de 1625 montre que l'évêque de Lombez, Bernard II Daffis avait commandé pour son palais épiscopal à Ferdinand Van Oer et Bartholomeo Bolognino peintres " d'Envers en Bravand " sept tableaux de la Vierge représentant un cycle de la vie du Christ avec notamment une Vierge à l'Enfant, un saint François, une Vierge au pied de la croix, etc.

A la cathédrale d'Auch, nous avions remarqué un beau portrait de la Vierge un peu oublié, assez proche de certaines oeuvres de Blanchard qui est certainement le tableau mentionné en 1684 dans l'inventaire de l'archevêché publié par Olivier Meslay. De la même époque date un grand tableau daté de 1670 conservé dans l'église de Fleurance : il représente saint Michel enfant qui terrasse le dragon d'une main et délivre de l'autre des âmes de l'enfer

La suite des prospections et des restaurations devrait permettre de nouvelles découvertes.


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Mise à jour : 21 janvier 2009