LA SALLE DU THEATRE D'AUCH

 

Une salle voulue par l'intendant d'Etigny

En s'installant définitivement à Auch en 1753, l'intendant d'Etigny montrait toute l'importance qu'il attachait à la cité gasconne, plaque tournante du vaste système de voies de communications qu'il allait s'efforcer de mettre en place. Au milieu du XVIII° siècle, la ville n'est qu'un gros bourg sans attrait particulier et tous les efforts de l'intendant viseront à lui donner, grâce à un véritable programme d'urbanisme, des caractéristiques dignes d'une capitale. La priorité fut donnée à la construction de l'Hôtel de l'intendance dont les plans furent confiés à l'ingénieur des Ponts et Chaussées, Picault. La création d'une promenade et d'un Hôtel de ville occupent une première tranche de travaux d'embellissement urbain.

Homme de son siècle, d'Etigny croyait aux vertus civilisatrices du théâtre et il souhaitait sortir Auch de la misère culturelle dans laquelle elle se trouvait avant son arrivée. On voyait certes, de loin en loin, se dresser des tréteaux de fortune dans la ville et certains privilégiés faisaient donner la comédie dans leur hôtel particulier mais dans l'ensemble, l'art dramatique brillait par son absence. D'Etigny décida donc d'inclure dans le plan de l'Hôtel de ville une salle de spectacle. Pour gagner du temps il présente en même temps les plans et devis de son complice Picault. Le conseil municipal se récrie mais l'intendant finit par avoir gain de cause et la séance du 25 août 1759 entérine la décision. Les travaux commencés en 1760 furent menés tambour battant puisque la salle de spectacle ouvrit ses portes au public l'année suivante alors que l'ensemble du bâtiment dans lequel elle s'inscrit ne fut terminé qu'en 1770. La campagne virulente menée contre l'intendant n'entama en rien son enthousiasme et sa détermination. Il alla jusqu'à financer sur ses propres deniers la décoration intérieure de la salle. D'Etigny mit tout en oeuvre pour que la ville accueillît une troupe à l'année et il instaura un système d'abonnement qui obtint un certain succès.

Une des originalités de la salle du théâtre d'Auch est de ne pas posséder d'entrée propre mais d'être partie intégrante de l'Hôtel de ville. "Au rez-de-chaussée l'accès au théâtre se fait par une ouverture pratiquée en biais derrière le corps de garde. (...) L'accès aux loges se fait par un grand escalier ; des escaliers secondaires desservent également les étages supérieurs, la circulation est assez aisée et les couloirs sont suffisamment larges. Le plan est tout à fait dans la lignée du vieux théâtre français de d'Orbay : plan en longueur de la salle formant un U allongé dont les branches s'écartent à peine, vers la scène, dessinant une légère courbe avant de rejoindre l'avant-scène, la profondeur de cette dernière aussi développée que le parterre et le parquet réunis ".

Les outrages du temps

La salle magnifiquement décorée par l'intendant comportait à l'origine "250 places de premier parterre, 180 de premières, 40 places de parquet, 136 places de seconde, et 80 places de paradis ". Le temps passant, elle commença cependant à montrer des signes d'usure. La fin de l'année 1843 voit "un commencement d'améliorations" puisque "Monsieur le Maire a fait remplacer les bancs en bois des premières places par des chaises qui sont à la fois propres et commodes ". Ceci n'est cependant rien par rapport aux besoins réels de rénovation d'une salle que tous s'attachent à considérer comme délabrée : "la salle de spectacles d'Auch est tellement incommode et disgracieuse et dans un tel état de vétusté et de saleté qu'il est devenu indispensable et urgent de la restaurer ". Ce jugement est confirmé par un article du Courrier du Gers du 1° mai 1852 qui se réjouit "Plus de toiles d'araignées et de poutres vermoulues comme autrefois, plus de nids à rats."

L'auteur anonyme continue en décrivant la toile qui masquait la scène pendant les entr'actes sur laquelle se devinait le portrait du bon roi Henri. "Je dis se devinait car du justaucorps à la fraise, de la fraise à la barbe, de la barbe aux traits du visage, du visage à la grise auréole que formait la chevelure du Béarnais, les nuances étaient si faibles, si faibles qu'on eut dit un nuage derrière lequel l'ombre d'Henri faisait la grimace".]

La restauration de 1851 : la salle actuelle

1851 est donc l'année de la rénovation complète de la salle de spectacles construite 80 ans auparavant. Divers projets sont présentés et discutés en conseil municipal. Après six mois de travaux la salle rénovée d'après les plans de MM. Lodoyer et Barré, architectes de la ville, est inaugurée en grande pompe : "un fer à cheval, à côtés parallèles, comprend, indépendamment des différentes loges, trois catégories de places qui sont le parterre, les premières et les secondes galeries. Le parterre contient dix bancs de longueur inégale ; sur les deux côtés sont les baignoires. L'orchestre est spacieux, et le plancher sur lequel il repose est disposé de manière à faire table d'harmonie. Enfin six loges d'avant-scène et cinq loges dans le fond des premières galeries complètent la distribution de la salle et la disposition des places".

La salle actuelle a conservé la décoration de style renaissance qui lui fut donnée par Jean Baudoin, peintre montpelliérain. Quatre colonnes cannelées d'ordre colossal encadrent les grandes loges d'avant-scène destinées l'une, côté cour, au maire, décorée aux armes de la ville, l'autre, côté jardin, au préfet décorée aux armes de l'intendant d'Etigny. Dans le fond et au milieu des premières galeries se trouvait la loge du général et de l'état major.

Le plafond

Le décor du milieu du XIX° siècle a été préservé par les restaurations successives dont la dernière remonte à 1972. Le plafond de la salle est circulaire et divisé en quatre compartiments cintrés séparés par quatre figures -des génies ? - ailées grisaille et or. Les quatre motifs principaux du plafond représentent des jeunes femmes entourées d'enfants qui semblent symboliser la Poésie, l'Eloquence, la Musique, la Peinture. Quatre titres en cartouche complètent l'ensemble : Le Misanthrope , Les Horaces , Le Prophète, La Dame Blanche . A noter ici le mélange de mentions d'oeuvres classiques et d'oeuvres contemporaines ainsi que la diversité des genres littéraires représentés.

Le lustre

La rosace centrale a reçu lors d'une des dernières restaurations une composition inspirée par un musicien de Lancret .En 1908 la liste des travaux à effectuer au théâtre établie par M. Francou architecte de la ville insiste sur la nécessité d'installer un éclairage au gaz. Le lustre actuel a donc été installé après cette date. Il semble être de production semi-industrielle de fin XIX° début XX° siècle. C'est un lustre en verre à deux niveaux de lumière (aujourd'hui flammes électrifiées) reliés par des cordons de boules de verre. On note la présence de trois rangées de grosses boules surmontées de bras qui viennent cacher les cercles de métal doré reliés par une tige centrale en forme de roue, elle aussi en métal doré. Son bon état de conservation mérite d'être signalé.

Les loges : les auteurs en vogue

Aux premières loges, les panneaux à rinceaux dorés comportent en leur centre un médaillon représentant un auteur en vogue au XIX° siècle : Racine, Voltaire, Lope de Vega , Alfieri , Regnard , Molière, Térence , La Harpe , Lesage , Sophocle , Shakespeare, Goldoni , Schiller . Le choix de ces auteurs est intéressant dans la mesure où il nous renseigne sur les goûts du public auscitain en ce milieu de XIX° siècle. Il faut tout d'abord noter la volonté de sortir du cadre français pour s'ouvrir sur les cultures européennes : des auteurs français, espagnols, italiens, anglais et allemands se côtoient dans ce Panthéon dramatique. En outre, les grands anciens ne sont pas oubliés puisque Térence auteur comique romain et Sophocle, auteur tragique grec, complètent la liste. Seuls Alfieri et La Harpe sont tombés dans l'oubli aujourd'hui et l'on ne peut pas dire que Regnard figure au rang des grands classiques.

Des amours en grisaille sous des niches dorées séparent les compartiments. Les secondes galeries sont également divisées en compartiments. Des instruments de musique prennent place au centre de chaque compartiment. Chaque loge est séparée de la suivante par un motif doré en relief.

Les coulisses

Entièrement refaites lors de la restauration de 1972, elles comportent 3 loges au niveau de la scène et une en dessous. La fosse d'orchestre a disparu lors de la dernière restauration de la salle, lorsque le chauffage de la mairie a été refait. Les dégagements de côté ont été réduits à la même époque et côté jardin un escalier de secours a été installé. Le dessous de la scène est occupé par la chaufferie. Au dessus de la scène on peut distinguer un grill métallique (il était en bois jusqu'en 1972) comportant dix neuf perches manuelles.

Christine CARRERE SAUCEDE

(publié pour le compte de l'IUT Paul Sabatier, Toulouse, département GEA Auch)

Email : Christine CARRERE SAUCEDE


Lire également :

Christine CARRERE SAUCEDE, "Une saison théâtrale à Auch au XIX° siècle"

 


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Mise à jour : 21 janvier 2009