Le Gersois Louis Damblanc : un scientifique visionnaire toujours dÕactualitŽ (*)

¡¡¡

Fleurance, ville de l'espace et de l'astronomie, et Lectoure – situŽes toutes deux dans l'orbite toulousaine, capitale europŽenne de l'industrie aŽronautique et spatiale –, ont la chance de pouvoir revendiquer le Lectourois Louis Damblanc, qui fut maire de Fleurance, maire de 1927 ˆ 1940, mais aussi journaliste et directeur de publications, et enfin ingŽnieur astronautique, le pre de la fusŽe ˆ plusieurs Žtages qui, de nos jours, permet la conqute de lÕespace. Chercheur insatiable, il invente l'imagiscope mais aussi l'alŽrion, un appareil qui rŽunira les qualitŽs de l'hŽlicoptre et de l'aŽronef ; c'est la vie de cet homme que nous allons Žvoquer lors de cette confŽrence de la section lectouroise de la Société Archéologique, Historique, Littéraire et Scientifique du Gers - association loi 1901 ; les Fleurantins le connaissent principalement comme Ždile et une rue de Fleurance porte dÕailleurs son nom ; mais il compta de nombreuses cordes ˆ son arc. Quant aux Lectourois, ils peuvent constater sur la faade de sa maison natale une plaque commŽmorative.

Le lectourois Louis Damblanc en 1920. Photographie de la DŽpche du Midi, Ysabel repro, www.ladepeche.fr, 27 novembre 2001 – dÕaprs Ç L'ingŽnieur Louis Damblanc, constructeur de l'AlŽrio : (gros plan) : [photographie de presse] / Agence Meurisse È, gallica.bnf.fr.

La plaque commŽmorative ˆ Lectoure, offerte par Feu M. Thore, pre de Pierrot et Manu Thore : Ç Louis Damblanc, inventeur ˆ la conqute du cosmos, naquit dans cette maison le 29 juin 1889 È.

Louis Damblanc reoit le 31 janvier 1920, ˆ Paris une mission japonaise devant Ç L'AlŽrion È. Photographie de la DŽpche du Midi, reproduction dÕun document dÕHenri Altaribo, 29 mars 2009. – DÕaprs Ç Le gŽnŽral japonais Nagaenka visitant l'AlŽrion de M. Damblanc : [photographie de presse] / Agence Meurisse È (http://gallica.bnf.fr/).

¡¡¡

Qui est Louis Damblanc ? Ç Un Fleurantin-Lectourois, pre de la fusŽe È, titrait la DŽpche du Midi (1), rŽsumŽ que nous allons dŽvelopper en nous intŽressant d'abord au mystre de la double revendication de sa naissance : en effet, Louis Damblanc est nŽ ˆ Lectoure, le 29 juin 1889, au domicile familial de sa mre, Catherine Escalup, originaire de cette ville, o elle Žtait mŽnagre ; mais son pre, J.-M. Damblanc, Žtait lui carrossier ˆ Fleurance et inventa un produit vŽtŽrinaire pour les chevaux. Mort le 2 dŽcembre 1969 ˆ Levallois-Perret, Louis Damblanc est d'ailleurs enterrŽ dans la ville dont il fut le Maire pendant quatorze annŽes. Il fit sa scolaritŽ primaire ˆ Fleurance, puis secondaire ˆ Auch, avant de suivre des Žtudes supŽrieures ˆ l'Ecole d'IngŽnieurs de Grenoble. FormŽ professionnellement, il allait dŽvelopper sa carrire dans trois directions, que nous allons Žtudier successivement dans ses aspects scientifique, politique et mŽdiatique. Signalons enfin qu'il s'est mariŽ ˆ Paris (17e) le 27 mai 1927 avec Martha WehrlŽ et que son Žpouse Žtait d'origine belge.

Le scientifique, tout d'abord, s'illustra dans l'aŽronautique, l'astronautique et l'optique. Aprs avoir crŽŽ en 1915 un cabinet d'IngŽnieur Conseil de la branche Žlectrique (Institut de recherches aŽronautiques, en coopŽration avec M. Tuffery, ingŽnieur des Arts et MŽtiers), Louis Damblanc s'intŽressa aux voilures tournantes ainsi qu'ˆ l'autogire ˆ p‰les variables ; sur la mme lancŽe, il se consacra aux hŽlicoptres -sujet sur lequel il travaillait depuis 1917 ˆ la demande du Gouvernement franais, pour le compte du Ministre de la Guerre -, et ses recherches l'amenrent ˆ prŽsenter une confŽrence sur ce thme, le 18 novembre 1920, devant la Royal Society of Arts, sous la prŽsidence du Vice-MarŽchal de l'Air Sir Edward Ellington ; ce dernier lui souhaita la bienvenue ˆ double titre, Ç en tant que Franais, nos AlliŽs, et en tant qu'expŽrimentateur imaginatif et original sur un aspect de l'aviation È.

L'hŽlicoptre laboratoire de l'ancien maire Louis Damblanc. Photographie de la DŽpche du Midi, reproduction dÕun document dÕHenri Altaribo, 30 aožt 2009.

Soutenu par son ami Paul PainlevŽ, Membre de l'Institut et ancien PrŽsident du Conseil, Louis Damblanc prŽsenta une autre confŽrence, en mŽcanique appliquŽe, le 23 mars 1925 devant l'AcadŽmie des Sciences, sur un Ç dispositif applicable aux moteurs d'aviation pour rŽduire les pertes de puissance en altitude È ; ce procŽdŽ d'Žquilibrage automatique de moteur fixe d'aviation en Žtoile avait ŽtŽ testŽ le 12 avril 1921 et prŽsentait plusieurs avantages : gain de puissance du moteur, compression optima ˆ toutes les altitudes, grande souplesse de manoeuvre, diminution de la consommation, encombrement et poids du dispositif trs rŽduit, aucun danger de blocage ou d'incendie.

Mais Louis Damblanc fut estimŽ comme particulirement brillant dans le domaine astronautique puisque ce chercheur est considŽrŽ comme l'inventeur de la fusŽe ˆ plusieurs Žtages : en effet, il matŽrialisa la vision thŽorique du russe Konstantine Tsiolkovski qui, ds la fin du XIXe sicle, avait imaginŽ des fusŽes-gigognes, c'est-ˆ-dire des engins qui larguent dans l'espace leurs rŽservoirs de carburants vides au fur et ˆ mesure de leur trajectoire (2) ; Louis Damblanc dŽposa des brevets dans de nombreux pays pour ces premires fusŽes multi-Žtages, par exemple en France le 17 mars 1936 (projectiles autopropulsŽs), ou aux Etats-Unis le 12 avril 1938. Et il fut le premier ˆ rŽaliser la thŽorie de lÕingŽnieur russe en crŽant un systme actionnant le deuxime Žtage ˆ l'aide d'une minuterie. Il rŽalisa ultŽrieurement une fusŽe ˆ trois Žtages, qui est Žgalement la plus grande fusŽe franaise d'avant-guerre. Ses moteurs ˆ poudre Žtaient trs performants pour l'Žpoque. La sŽparation des Žtages n'est pas son seul apport relatif aux fusŽes. Il fabriqua aussi un banc d'essais, rŽvolutionnaire pour l'Žpoque, capable d'enregistrer de faon permanente et automatisŽe un grand nombre de variables, faisant ainsi progresser fortement les moyens d'essais des fusŽes au sol, et il organise environ cent-vingt lancements au Polygone de Bourges ; il envisage Žgalement de nombreuses applications de fusŽes atterrissant ˆ l'aide d'un parachute : transport de courrier, ravitaillement. Pour rŽduire la taille et le cožt des fusŽes nŽcessaires, il envisagea d'assister leur lancement par un canon (ˆ l'aide d'une charge de poudre ou d'air comprimŽ), une idŽe qui depuis lors est revenue plusieurs fois et pourrait se concrŽtiser un jour gr‰ce aux catapultes ŽlectromagnŽtiques.

Ç Premiers essais avec l'auto laboratoire de l'hŽlicoptre parachute de Mr Damblanc : [photographie de presse] / Agence Meurisse È (http://gallica.bnf.fr) -document signalŽ par M. Jean-Marie BŽraud.

La seconde guerre mondiale contre l'Allemagne nazie causa d'ailleurs un grave prŽjudice ˆ Louis Damblanc, ˆ la fois sur le plan politique et scientifique : tout d'abord, en tant que Maire de Fleurance, il dut cŽder sa place ˆ une personne nommŽe par le Gouvernement de Vichy ; en tant que chercheur astronautique, il vit ses brevets saisis, ce qu'autorisait la lŽgislation amŽricaine ˆ l'Žgard des inventions rŽalisŽes en pays ennemis (!) ; Louis Damblanc fut obligŽ d'attendre la fin de la guerre et la conclusion de l'accord Blum-Byrnes entre la France et les Etats-Unis, pour que le Ministre des Finances franais s'engage ˆ verser au chercheur une indemnitŽ compensant l'utilisation par les autoritŽs d'outre-Atlantique de ses brevets jusqu'ˆ la date de leur expiration, le 12 avril 1955. A ce sujet, Louis Damblanc a dŽclarŽ ˆ la presse le 15 octobre 1967 que Ç la fusŽe Little Joe, employŽe en sŽrie par la marine amŽricaine contre le Japon, dans la guerre du Pacifique, en 1944 et 1945, tombe entirement dans le champ de mon brevet. Je dois reconna”tre que gr‰ce ˆ un accord passŽ entre la France et les U.S.A., lÕAmŽrique a acceptŽ de me verser dernirement une petite indemnitŽ. LÕAstronautique est devenue aux Etats-Unis une des plus importantes industries. Elle a des retombŽes techniques et Žconomiques innombrables. Je continue ˆ suivre les progrs de la vie spatiale ; mais je ne vous cache pas que jÕai quelque apprŽhension lorsquÕon expŽrimente les fusŽes È.

Louis Damblanc obtint plusieurs distinctions pour ses succs dans le domaine aŽronautique et astronautique : aprs un premier brevet pour un moteur ˆ compression variable, en 1928, devant la SociŽtŽ des ingŽnieurs civils, il gagna le prix international d'astronautique en 1935, et fut successivement laurŽat de l'Office National des Recherches Scientifiques et de la SociŽtŽ d'Encouragement au Progrs, rŽcompenses pour ses travaux sur les Ç fusŽes autopropulsives ˆ explosifs È (3).

Les historiens de la recherche spatiale le considrent vŽritablement comme un prŽcurseur, crŽateur des Ç systmes de sŽparation d'Žtages des fusŽes ˆ poudre expŽrimentŽs ˆ l'Institut aŽronautique de St Cyr puis ˆ l'Ecole Centrale de Pyrotechnie de Bourges È (4). Et sa ville natale de Lectoure ne lÕa jamais oubliŽ ; outre la plaque commŽmorative sur sa maison familiale, nous savons gr‰ce ˆ des documents communiquŽs par la famille Thore ˆ Lectoure (que nous remercions) quÕun Ç comitŽ Louis Damblanc È avait ŽtŽ crŽŽ en 1986 par Gaston Thore, avec le soutien dՎminentes personnalitŽs politiques gersoises (Jean-Pierre Joseph, prŽsident du Conseil GŽnŽral, Robert Castaing, maire de Lectoure, Georges Courts, prŽsident du syndicat dÕinitiative et maire de Larroque Engalin, les maires de Pauilhac, Ste Mre et Fleurance, quatre aviateurs lectourois, deux journalistes, etc. ; le but Žtait la rŽalisation de la plaque commŽmorative (fabriquŽe dans une marbrerie ˆ Condom en 1986) ; en 1989, Gaston Thore a Žcrit ˆ Franois Mitterrand, prŽsident de la RŽpublique, pour lui signaler la pose de cette plaque, avec lÕespoir quÕelle serait inaugurŽe par le chef de lÕEtat (qui fit la promesse de venir un jour la dŽvoiler).

Outre l'avion, l'hŽlicoptre et la fusŽe, l'ingŽnieur gersois s'illustra dans le domaine optique et fit breveter dans les annŽes 1950 un projecteur, Ç le seul Žpidiascope franais de projection fixe et de contr™le industriel È ; cet appareil permettait de projeter en plein jour, et ˆ trs courte distance, sur l'Žcran en dŽpoli d'un coffret posŽ sur la table de travail, soit des documents opaques en Žpiscopie, soit des films fixes et des diapositives sous verres en diascopie ; une projection sur un Žcran extŽrieur normal Žtait Žgalement possible, il suffisait alors de sortir le bloc optique de son coffret pour obtenir un grossissement de 1600 fois en surface. Ce projecteur pouvait donc ˆ la fois servir pour l'examen des Ç Žtats de surface et le contr™le prŽcis et trs rapide en atelier de petites pices mŽcaniques et d'objets d'un diamtre jusqu'ˆ 50X50 mm È, avec Ç possibilitŽ de grossissements linŽaires de 3 ˆ 30 fois, soit 9 ˆ 900 en surface È ; il permettait encore, en Žpiscopie, l'observation des mŽcanismes en mouvement, le contr™le Ç des billets de banques, chques, signatures, timbres de collection, Žcrits divers, tableaux de ma”tre, etc. È, la lecture par agrandissement de documents anciens -d'o son usage dans les Bibliothques -, et l'examen en plein jour des photos, figures et schŽmas sur papier agrandis de 10 ˆ 100 fois en surface.

En diascopie, l'imagiscope Žtait employŽ par des grands magazines comme Paris Match pour examiner instantanŽment la valeur d'agrandissement des diapositives ; en Žpidiascope, l'appareil autorisait la projection simultanŽe de profils et d'Žtats de surface, ce qui Žtait utile ˆ la fois dans l'Enseignement et pour l'Industrie. L'imagiscope connut un certain succs commercial auprs de diffŽrents Ministres, notamment l'Education (l'achat d'un projecteur par une Ç communautŽ d'enseignement È donnait droit ˆ l'octroi d'une subvention par le MusŽe PŽdagogique, 29 rue d'Ulm ˆ Paris), ainsi que des Banques et des Compagnies d'Assurances, des Ecoles dentaires, des usines textiles et horlogres, des journaux...

Louis Damblanc mit Žgalement au point une visionneuse automatique de film sur support papier, prototype dont l'utilisation fut envisagŽe par la sociŽtŽ Hachette : destinŽ ˆ tre placŽ sur la voie publique, cet appareil fonctionnait au moyen de pices de monnaies et permettait de voir un sujet (publicitŽ, actualitŽ, etc.) choisi par les concessionnaires (5). Ainsi, de la fusŽe ˆ l'appareil de projection, Louis Damblanc faisait preuve d'un Žclectisme indŽniable, symbolisŽ par cette anecdote : le chercheur gersois aurait ŽtŽ consultŽ en 1929 par le cinŽaste Fritz Lang pour la prŽparation du film Ç La femme sur la lune È, ce qui somme toute est fort logique ! Quoi qu'il en soit, l'ingŽnieur fleurantin est citŽ ˆ plusieurs reprises (ainsi qu'Hermann Oberth, Robert Goddard et Robert Esnault-Pelterie), dans des ouvrages consacrŽs aux pionniers de l'Astronautique (6), ce pour quoi l'histoire des sciences se souviendra de lui. Mais ses activitŽs dans le domaine de l'image mŽritaient d'tre signalŽes. Et deux ans avant sa mort, Louis Castex Žcrivait dans la DŽpche du Midi que Ç les derniers mots de ce savant, qui allie deux vertus bien rares de nos jours : la modestie et le dŽsintŽressement, furent :

-Vous savez, jÕai encore quelque chose de trs important que je suis prt de trouver dans le domaine de lÕoptique, il faut bien sÕoccuperÉ Faisons confiance ˆ Louis Damblanc, Ç ses occupations È rŽservent encore de belles perspectives pour le bien de lÕhumanitŽ et la gloire de la France. È

¡¡¡

Louis Damblanc n'Žtait pas seulement un chercheur, puisqu'on lui attribue une participation au plan directeur de l'exposition internationale de 1937, des fonctions de conseiller scientifique ˆ la sociŽtŽ St-Gobain, qu'il fut Conseiller du Commerce ExtŽrieur de la France, Commandeur de l'Ordre de l'Education Physique (MŽdaille d'or) et Chevalier de la LŽgion d'Honneur. La DŽpche du Midi (1) signale Žgalement que Ç l'engagement politique de Louis Damblanc ne fut pas sans lui crŽer de nombreux dŽtracteurs, certains mme niant ses rŽussites scientifiques È ; car non seulement il fut Maire de Fleurance de 1927 ˆ 1940, mais il se prŽsenta aussi aux Žlections lŽgislatives du 1er mai 1932, dans la circonscription de Condom-Lectoure ; candidat de l'Union des RŽpublicains et de DŽfense Paysanne, et du Parti RŽpublicain Socialiste, il fut battu par son rival de Droite, mais cette joute Žlectorale fut pour lui l'occasion d'Žtablir un programme politique, dont on retiendra qu'il se fit l'ardent dŽfenseur du vignoble gersois et de l'Armagnac (avec la libertŽ de distillation), qu'il suggŽra l'amŽlioration de l'approvisionnement en eau potable, le financement par des subventions de l'Etat de travaux pour faciliter l'accs aux villages, la modernisation des moyens de culture et la mise ˆ disposition des agriculteurs de semences sŽlectionnŽes ; le candidat pr™na Žgalement des compressions budgŽtaires et l'augmentation des crŽdits affectŽs aux offices agricoles et aux chambres d'agriculture, l'assurance nationale par l'imp™t contre les calamitŽs agricoles, ainsi que la rŽforme de la loi des assurances sociales (en particulier en faveur des victimes de guerre, des anciens combattants, des mutilŽs du travail et des vieillards), et le remplacement de l'imp™t sur le chiffre d'affaires par une taxe unique, avec de forts dŽgrvements ˆ la base pour les commerants et les artisans ; le Maire de Fleurance proposait encore d'Žtendre ˆ tout le pays l'organisation qu'il avait mise en place en crŽant l'Union des coopŽratives des travailleurs des villes ; celle-ci transportait directement les marchandises par camions des centres de production ˆ une coopŽrative parisienne. Se plaant dans le camp des Ç grands rŽformateurs rŽpublicains È, pour que Ç ds aujourd'hui puissent tre jetŽes les bases d'une sociŽtŽ plus fraternelle et plus juste È, Louis Damblanc s'honorait de l'amitiŽ d'Aristide Briand, et pour protŽger la paix (ˆ sept ans de la deuxime guerre mondiale), il proposait une surveillance internationale des armements et des budgets, le contr™le de l'aviation militaire et civile par la SociŽtŽ des Nations, l'interdiction de la guerre chimique et bactŽriologique, l'entente Žconomique entre les pays europŽens pour une organisation rationnelle de l'Europe.

Le conseil municipal de Fleurance en 1940 ; au premier rang, le maire Louis Damblanc -Photographie de la DŽpche du Midi, 1er fŽvrier 2009.

Quant ˆ Ç l'engagement politique È signalŽ par la DŽpche du Midi, il transpara”t nettement dans les tracts diffusŽs ˆ l'occasion de cette campagne Žlectorale, et le ton des slogans ou de certaines formules rŽvle indubitablement les combats Žlectoraux ˆ la mode gasconne : Ç La RŽpublique du peuple, c'est la RŽpublique la•que ! È ; Ç Unissons-nous pour barrer la route au fascisme È ; Ç Laissons aux trublions, aux pcheurs en eau trouble, aux agents stipendiŽs de Moscou, le triste r™le d'essayer de semer la panique et le dŽsordre ˆ la faveur des difficultŽs Žconomiques que nous traversons È ; Ç Un jour d'orage, dans la ville de ClŽmence Isaure (Toulouse), M. AndrŽ Tardieu (PrŽsident du Conseil), qui n'Žtait pas de bonne humeur, a prŽconisŽ le commerce des confitures comme palliatif ˆ la surproduction vinicole. Il aurait pu envisager Žgalement l'organisation de la vente des raisins secs ! È... Ce riche florilge rŽvle une verve de plume qui provenait incontestablement d'un autre talent de Louis Damblanc, celui de journaliste.

C'est en effet le troisime et dernier aspect des rŽalisations de Louis Damblanc au cours de son existence, celui d'homme de presse ; il fut l'auteur de nombreux articles, soit spŽcialisŽs, soit politiques, mais fut Žgalement le fondateur et directeur de plusieurs journaux : crŽateur de l'hebdomadaire Ç L'aviation franaise È en 1926, et repreneur du mensuel Ç La vie aŽrienne et sportive È vers 1929, il fit fusionner ces deux organes sous le titre de Ç La vie aŽrienne È, l'une des premires revues en hŽliogravure. En ce qui concerne la presse d'opinion, il fonda ˆ Paris les journaux Ç La Gauche È (1931-1932) et Ç La Concorde È (1932-1939), et dans le Gers, Ç La dŽmocratie paysanne È (dont le sige rŽgional Žtait ˆ Fleurance, rue CadŽot, Louis Damblanc Žtant le Ç directeur politique È) ainsi que Ç L'Žcho du sol È. Ces derniers lui servirent Žvidemment de tribune au cours de ses campagnes Žlectorales gersoises.

Aussi nÕest-il pas Žtonnant que cet amoureux de la presse ait bŽnŽficiŽ dÕun article Žlogieux dans Le Canard Encha”nŽ du 18 avril 2001, qui rappelait que ce grand savant dŽcŽda lÕannŽe mme de la conqute de la lune !

¡¡¡

Ami de nombreuses personnalitŽs comme Paul PainlevŽ ou Thierry Cazes -qu'il recevait ˆ son domaine du Verger, dit de Lamolatie, ˆ Pauilhac -, Louis Damblanc Žtait donc une personnalitŽ fertile et crŽatrice et lors du congrs astronautique du dixime anniversaire de l're spatiale qui s'est tenu ˆ Belgrade en 1967 (2), mademoiselle Boisset, reprŽsentant le Centre National d'Etudes Spatiales (C.N.E.S.), put prŽsenter un hommage remarquŽ ˆ celui qui est l'inventeur de la fusŽe ˆ Žtages ; il fut interviewŽ ˆ cette occasion par Louis Castex dans la DŽpche du Midi, et affirma quÕil Žtait Ç un peu responsable È de cet hommage tardif : Ç cet Žminent chercheur aux yeux bons, au regard pŽtillant, ˆ lÕesprit fin, au sentiments pleins de modestie et de noblesse È, avait prŽcisŽ : Ç je suis avant tout un ingŽnieur de pointe. Aprs chacune de mes dŽcouvertes, je me penchais aussit™t sur une autre recherche sans jamais convoiter aucun profit matŽriel. Mon esprit nÕtait pas tournŽ vers cela. È Le journaliste ajoutait que Ç Louis Damblanc vit modestement dans un petit appartement de deux pices, prs de la porte de Saint-Cloud (ˆ Paris) ; mais, depuis que la bombe a ŽclatŽ ˆ Belgrade, il ne se passe pas de jours sans que reporters, photographes, la radio et, au moment de ma visite, lÕannonce des actualitŽs tŽlŽvisŽes ne viennent le surprendre. È ; et il signalait dans son article de presse : Ç AccrochŽ au mur de son bureau, un tableau aux couleurs vives reprŽsente la maison familiale de Louis Damblanc, prs de Lectoure, dans le Gers, o il naquit en 1889. Il nÕa pas oubliŽ son pays natal. È

Et son pays natal ne lÕa pas oubliŽ ; dans un beau discours prononcŽ ˆ Fleurance le 4 aožt 1995, Pierre Thore a rappelŽ tout ce que son pre Gaston avait rŽalisŽ en hommage ˆ Louis Damblanc et dŽclara que Ç ce nÕest pas effectivement, sans une certaine fiertŽ, que lÕon Žvoquera la haute stature de Louis Damblanc, lÕun des Grands Pres des fusŽes dÕaujourdÕhui. Il est pour le moins heureux que le fil dÕAriane de lÕhistoire spatiale nous ait permis de remonter jusquՈ cet homme de GŽnie, qui Žtait aussi un exemple de discrŽtion. Il Žtait ˆ sa manire un Mousquetaire de lÕEspace, nŽ sous ce beau ciel Gascon de Lectoure Fleurance È.

Le gersois Louis Damblanc

DŽcŽdŽ peu aprs, en 1969, il reste trs peu connu de nos jours malgrŽ l'importance de son apport scientifique, et mme les ingŽnieurs spatiaux franais ignorent gŽnŽralement son existence. Par consŽquent, il Žtait certainement nŽcessaire de rappeler ici que Fleurance eut un Maire et Lectoure un citoyen qui fit autant pour rapprocher les hommes des Žtoiles ! Et à ce titre, il est important de souligner que le 27 novembre 2012, le Conseil Municipal de Lectoure a voté à l’unanimité le baptême de la place Damblanc.

La maison natale de Louis Damblanc ˆ Lectoure.

La DŽpche du Midi, novembre 2012

compte-rendu du conseil municipal de Lectoure, le 27 novembre 2012.

¡¡¡

(*) : par Jean Guy Chauderon et Pierre LŽoutre (dÕaprs lÕarticle dÕHenri Altaribo et Pierre LŽoutre, Ç Louis Damblanc : scientifique, Žlu politique et publiciste (1889-1969) È, Bulletin de la SociŽtŽ ArchŽologique du Gers, 1998, p.124-129). Cf. Žgalement http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Damblanc. A noter que M. Jean-Paul Marodon, PrŽsident de l'association RŽunion-Espace, recherche de la documentation sur la recherche en astronautique de Louis Damblanc, afin de proposer la rŽalisation de maquettes de ses diverses dŽcouvertes.

(1) : Ç En attendant la Nuit des Žtoiles È, La DŽpche du Midi, 3 aožt 1995.

(2) : Pierre de Latil, Ç Hommage ˆ Louis Damblanc È, le Figaro, 27 septembre 1967.

(3) : Louis Damblanc, IngŽnieur-Conseil I.E.G., Ç les fusŽes autopropulsives ˆ explosifs -Essais au point fixe, application des rŽsultats expŽrimentaux ˆ l'Žtude du mouvement È, Office National des Recherches Scientifiques et Industrielles et des Inventions, Ministre de l'Education Nationale, avril 1935. -Louis Damblanc, Ç Engins automoteurs : les fusŽes autopropulsives ˆ explosifs (deuxime Žtude) -Recherches sur les vitesses de propagation de la chaleur dŽveloppŽe au cours de la combustion de la poudre È, O.N.R.S.I.I., Ministre de l'Education Nationale, janvier 1938.

(4) : Claude Carlier et Marcel Gilli, Ç Les trente premires annŽes du CNES È (prŽface de M. Franois Mitterrand, PrŽsident de la RŽpublique), Žditions CNES / La Documentation Franaise, Paris, 1994, p. 4. Le CNES fte son cinquantenaire en 2011 (cf. le discours de M. Nicolas Sarkozy, PrŽsident de la RŽpublique, ˆ Toulouse, le 22 novembre 2011, sur Ç le 50e anniversaire du CNES et la politique spatiale de la France È (http://www.elysee.fr/president/les­

dossiers/enseignement-superieur/recherche/50e-anniversaire-du-cnes-22-novembre-2011-/50e­anniversaire-du-cnes-et-politique-spatiale-de.12484.html).

(5) : Ç Exposition. Fleurance. DŽcouvrir Damblanc maire et inventeur È, www.ladepeche.fr, 31 juillet 2011.

(6) : par exemple celui d'Alexandre Ananoff, premier prix international d'astronautique, Ç L'Astronautique È, Editions Fayard, collection Ç Savoir È, 1950.

¡¡¡

Documents signalés par M. Jean-Jacques Serra :

"Louis Damblanc, père des fusées à étages", par Jean-Jacques Serra

brevet pour un dispositif d'embrayage déposé en 1919 par un certain Paul Tuffery

Article paru sur un journal néo-zélandais en août 1920. Le journaliste a interviewé Damblanc lui-même. Dans le dernier chapitre. on lit que :
- durant la dernière partie de la guerre, il était mobilisé au "French Ministry of Inventions" (je pense qu'il y a une confusion dans cette désignation) en tant qu'ingénieur d'essais technique.
- après l'armistice, il a fondé le "Bureau of Aeronautical Studies" (Institut de recherches aéronautiques, selon les sources françaises). Cet institut aurait donc été fondé après 1918 et pas en 1915 comme généralement indiqué.

référence au journal néo-zélandais, voir le lien direct :
http://paperspast.natlib.govt.nz/cgi-bin/paperspast?a=d&d=OAM19200811.2.52&l=mi&e=-------10--1----0--

Notez que le journaliste parle d'un "Bureau of Aeronautical Studies", soit Bureau d'études aéronautiques, et pas Institut de recherches aéronautiques. Or, c'est exactement l'intitulé utilisé par Damblanc dans les publicités de 1919 et de 1920

Dans ce document de mai 1917, Damblanc est présenté comme le directeur technique de la société d'aviation "L'Alérion" (colonne de gauche, 14 lignes avant la fin).

 

Retour à la Table des Articles

hPour contacter les auteurs ou les associations, écrire au webmestre


h Retour au menu principal

h Retour à la Société Archéologique du Gers

hPour ajouter votre Site, écrire au webmestre

hRetour au menu principal

Pour tout problème de consultation, écrivez au webmestre

Société Archéologique du Gers.
13 place Saluste du Bartas 32000 AUCH, FRANCE Tél : [33] 05 62 05 39 51

Mise à jour : 16 avril 2014