Les interférences franco-roumaines à la moitié du XIXe siècle

par Mihaela COJOCARU,

Chargée de cours à l'Université d'Etat de Bucarest,

auteur d'une thèse de doctorat ès lettres sur les relations littéraires franco-roumaines au XIXe siècle.

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A l'époque ou l'Orient de l'Europe apercevait l'image d'une "France mythique" 1, protectrice de l'amour de la patrie, "la plus étroite relation de cette noble pays avec une nation" 2 c'était avec les Provinces Roumaines. Liberté-égalité-fraternité, valeurs sacrées pour les petites nations de l'Europe, étaient proclamées par les historiens romantiques du Collège de France: J Michelet et E Quinet, amis sincères de la jeune génération roumaine. Leurs conférences se diffusaient dans les Provinces du sud-est européen directement en français, langue apprécié comme le seul moyen de communication universelle.

L'idéal occidental de la modernité, rêvé par la majorité des roumains avait obligé l'enseignement autochtone à adopter les programmes et les méthodes françaises d'instruction. Les princes avaient stipulé premièrement en 1847, ensuite en 1852, l'étude du français dans les écoles de leurs pays. Les livres de la France se diffusaient sans aucune difficulté dans des librairies spécialisées et leurs propriétaires avaient établi avec leurs confrères français de vrais parteneriats d'affaires. Les troupes de théâtres françaises se disputaient à Iassy et à Bucarest le publique et le répertoire avec les autres troupes étrangères (russes, allemandes, italiennes). Les journaux français ne servaient plus seulement aux intérêts occasionnelles (économiques, militaires et politiques) de leurs patrons; depuis 1849 ils correspondraient aux besoins culturels de leurs lecteurs: entre 1850-1930 on a inventorié plus de 350 titres de journaux parus dans ces provinces. Ils y avait des rubriques spécialisées pour une littérature franco-roumaine originale, destinée surtout aux femmes, lectrices fidèles d'une pareille production artistique.

Issues d'une contexte historique dominé entre 1849-1855 par des antagonismes diverses, les échanges littéraires imposaient des écrivains qui donnaient un nouveau contenu au dialogue franco-roumain.

Les messagers culturels de la France, reçus avec sympathie et hospitalité, après avoir vécu dans les Pays Roumains plusieurs années, étaient reconnus comme des franco-roumains. Ceux qui acceptaient cette nouvelle identité se considéraient investis avec la noble mission de civiliser l'Orient européen par l'intermède de la littérature. Ils se solidarisaient avec les idéaux de reforme de leur peuple adoptif et ils se sentaient honorés de lui plaider la cause nationale devant l'Occident.

J.A.Vaillant, l'un des premiers français surnommé par lui-même l'homme de la Roumanie, affirmait que la diplomatie de Napoléon III "jette sans violence et sans bruit à l'extrémité orientale de l'Europe les bases d'une nouvelle France, objectif généreux qui selon son opinion était convenable à la sensibilité roumaine."3 Il constatait d'ailleurs que la jeune génération du pays, malgré la domination agressive, militaire et administrative des empires voisins (ottoman, russe et autrichien) avait adhéré sans réserve aux propositions de modernité de l'Occident. Le consul de la France en Valachie depuis 1848 soulignait lui aussi la sympathie et l'envie d'émancipation des roumains: "La jeunesse s'enflammait pour les idéaux de nationalité et d'indépendance, les gens raisonnables et honnêtes demandaient les reformes devenues indispensables. En ce qui concerne les paysans ils étaient écrases par les corvées en travail et en nature" 4

Les français reflétaient dans leurs écrits les moments de vie passés chez les roumains et mettaient en oeuvre la pensée cartésienne adaptée à l'esthétique romantique: "je sens, alors je vie: je vis, alors j'écris." La confession de la Comtesse Dash: "mes opinions ne sont que des sentiments"5 est la preuve de la foi romantique que son oeuvre exprimait une réalité sentimentale, résultat d'une expérience culturelle.

L'expérience de vie roumaine était refletée à l'époque soit dans des pages de fiction littéraires (en prose: romans, légendes, impressions de voyage; et en poésie: méditations lyriques et descriptives) soit dans des écrits non fictifs (correspondances, mémoires, dissertations scientifiques). Leurs auteurs se solidarisaient avec l'idéal des roumains pour la reforme capitaliste de leur société et traversaient eux-mêmes un processus profond de maturité affective et intellectuelle en leur évoquant la vie sentimentale, l'histoire, la géographie et les moeurs. Quelques uns dénonçaient l'anarchie politique instaurée en France depuis 1848 et lui opposaient le soi-disant équilibre de la société aristocratique, féodale, des Pays Roumains et la pureté de ses anciens principes latins et chrétiens. En dépit de la diversité des genres littéraires et des moyens artistiques, les textes des franco-roumains projetaient dans leur ensemble un portait paradoxale des roumains, issu de l'anachronisme de leur train de vie qui mettait en lumière leur antique tempérament latin, résultant de la conquête des daces par les romains de Trajan.

Description lyrique du paysage roumain

Après 1849 les moyens modernes de transport découvraient aux voyageurs étrangers le bas Danube et ses bords pittoresques. Ce grand fleuve qui unifiait le centre avec le sud de l'Europe, permettait l'entrée du touriste étranger dans les Pays Roumains après avoir traversé plusieurs contrées, inconnues à l'Occident, d'une étonnante diversité ethnique. Les localités du bord de la Mer Noire, dans un état précaire de développement, étaient devenues elles-aussi des chemins d'accès dans la Valachie et la Moldavie. Leurs itinéraires révélaient aux touristes la civilisation patriarcale du Dobrogea et la beauté sauvage du Delta du Danube: de Cernavoda à Sulina. Les voyageurs français découvraient à l'embouchure du Danube dans la Mer Noire une population pétrie dans une vie archaïque possédant une spiritualité différente des autres ethnies de l'Europe Orientale.

Le Danube leur paraissaient semblable à un roi barbare, sauvage et captif avec une histoire qui appartient depuis des siècles aux temps mythiques de l'Antiquité 6. L'absence des traces de la civilisation moderne, occidentale, réveillait l'intérêt colonisateur et l'esprit d'aventure des français qui s'illusionnaient d'y expérimenter avec profit une nouvelle vie. Émerveillés pas le mystère des champs infinis comme ceux de l'Italie, dont la grandeur a été attribuée par la Divinité même7, ils décrivaient dans leurs textes les fontaines immenses et les tumulus parsemés dans les plaines comme des symboles de la stabilité d'une population qui possédait la sagesse de connaître le sens profond de la vie et de la mort. La description du paysage roumain révélait tant l'admiration pour son pittoresque exotique que la critique sévère de la manque d'action civilisatrice, occidentale.

 

Les français illustraient la précarité des routes et des moyens de transport (le motif célèbre de la caroutza 8 ),l'insécurité des itinéraires qui liaient Bucarest ou Iassy avec les portes fluviales (Giurgiu et Galati) ou les monastères célèbres (Curtea de Arges, Sinaia, dans la Valachie et Hangu et Neamt en Moldavie). Les franco-roumains découvraient avec humour et âpre ironie une nouvelle image des Pays Roumains: celle d'un complexe géographique et historique unitaire qui intègre l'esprit créateur et l'ingéniosité des habitants. Les motifs littéraires les plus fréquents étaient: le Danube qui préfigurait le début de la communication avec l'Occident; le caroutza qui évoquait l'envie des roumains d'importer de la technique moderne et les fontaines, comme signes des principes morales traditionnels: hospitalité, stabilité sentimentale, curiosité pour déchiffrer les mystères de la vie.

Admiration et contestation de la société roumaine

L'aspect pittoresque de Bucarest, la capitale de la Valachie, l'immoralité de l'aristocratie roumaine et la beauté latine du paysan étaient les principaux thèmes des écrits franco-roumains. Les oppositions apparemment irréconciliables entre l'aristocratie et les paysans se dévoilaient aux regards fascinés des franco-roumains. La beauté physique des paysans rendait évidente l'injustice de leurs conditions misères de vie. Si les français admiraient les moeurs pittoresques de la civilisation rurale, ils découvraient avec horreur leurs conditions primitives de vie. Les corps difformes et déshabillés des enfants mal nourris qui accompagnaient les touristes égarés dans les montagnes ou dans les plaines, la fragilité des institutions nécessaires à un état moderne. Les franco-roumains opposaient au tableau de la misère des villages, le luxe et la vie de l'aristocratie cosmopolite. Amis et parents de la protipendade, ils se désolidarisaient de son attitude égoïste et découvraient les causes du sous développement dans la manque de moralité représentée par le servilité, la corruption, la superficialité. C'était pour cela qu'ils proclamaient l'urgence de la réforme morale de l'aristocratie autochtone où ils reconnaissaient un mélange original de l'ancienne latinité avec la moralité bysanthine. La Valachie post -révolutionnaire leur apparaît comme l'avant dernière halte de ce qu'on est convenu d'appeler la civilisation, la préface de cet Orient tout peuplé des fantômes de l'Antiquité, d'où l'avenir en sortira, Éle dernier asile de l'aristocratieÉ9

 

 

Bucarest, la capitale de cette province, était une ville magique qui abritait une société frivole attirée par des objets étincelants et décevants. Située aux bord de la rivière Dâmbovia, sillonnée par une seule grande rue (le pont Mogosoaia) où se mêlaient des maisons pompeuses et des chalets misérables, cette ville était habitée par un monde qui menait sa vie conformément au principe horatien carpe diem. Cette image lyrique de la capitale valaque contrastait avec l'opinion singulière du rédacteur du Courrier de Lyon qui croyait que Bucarest abritait une société arrogante et vilaine, qui dévoilait son origine bysanthine dans la corruption bigote10.

 

Originalité folklorique et spiritualité latine

Les français découvraient avec étonnement que dans les Provinces Roumaines on parlait une langue dérivée du latin, que Félix Pigeory (l'architecte chef du Paris) nommait avec humour le latin de Molière et à qui Edgar Quinet attribuait les traits suivants: naïveté, rusticité, manque de normes rigides. Avec cette langue romantique, soeur du français, on exprimait les émotions et on modelait l'imagination créatrice du peuple. Pour les français la poésie populaire roumaine était une source limpide; elle rafraîchie le sol qu'elle arrose. Comme un oiseau familier, elle récrée par ses gazouillements la maison où elle a passé son nid, elle égaye l'enfant, elle fait sourire le vieillard. Comme un ami compatissant elle apparaît au foyer du pauvre, elle le distrait de son rude labeur par de naïfs récits, elle l'encourage à l'espoir par une légende miraculeuse, elle réveille en lui la fibre nationale par le souvenir des luttes glorieuses de ses aïeux; elle le berce avec un chant d'amour, elle l'endort dans l'illusion d'un songeÉ Les ballades et les légendes sont la vivace image d'un peuple, comme le miroir où se reflètent en traits distincts sa physionomie et son caractère; la doina a un caractère plus marqué de nationalité; c'est la plante fleurie issue du sol-même de la RoumanieÉ11

 

C'était ainsi que la langue devenait l'épreuve de l'origine noble (dace et romaine) et de la race antique, digne du respect des autres nations de l'Europe. L'amour de la patrie, le respect de la famille et des parents étaient les traits distinctifs du portrait moral des roumains. Quoique ravagé par des invasions répétées et exploité sans pitié par ses voisins impériaux, venus de l'Asie, le peuple roumain avait conservé la foi orthodoxe et les superstitions païennes. Habitants d'un pays plein de merveilles, donné à une jeunesse permanente12 les roumains se remarquaient par l'hospitalité, le calme, la patience, l'amour pour la beauté. Pour la romancière Marie Boucher il était un peuple facilement à exalter et très poète dans tous ses actes 13, tandis que pour J Michelet (ami des proscrits roumains) les paysans des Principautés Danubiennes avaient un bon sens antique, une logique droite, profonde 14, semblable aux personnages du poète latin Virgile.

 

Intéressés à découvrir le secret de la beauté féminine roumaine, les français appréciaient l'éclat de leurs vifs regards: les femmes valaques n'ont pas de sourire, leurs physionomies est concentrées dans leurs yeux 15 . Cette admiration n'empêchait pas la critique sévère de leur éducation superficielle, reflet d'une mentalité primitive.

Le roumain ne résiste pas, il glisse parce que le génie de l'Orient c'est la ruse; il est un mélange ravissant de beauté ardente et de moral assoupi constataient-ils. La jeunesse aristocratique réunissait la générosité et l'intelligence native des latins avec l'indifférence égoïste et la superficialité byzantine. Ce mélange déconcertant provoquait des réflexions amères: La Moldavie est comme une bonne nourrice fortement constituée, mais dont les enfants abusent. Elle donne sans cesse eton ne veut rien lui rendre, ce n'est ni dans l'ordre des choses, ni dans l'ordre de la natureÉ16

Fiction romantique dans l'histoire des roumains

 

Touts les écrits des français après 1849 exprimaient la conviction que l'histoire des roumains a été depuis des siècles un long martyrologue sans trêves, sans repos et sans un de ces éclats qui s'étend comme un manteau de pourpre sur les plaies d'un peupleÉ17 Edgar Quinet qui avait apprit le roumain pour lire les documents originaux de l'histoire autochtone, se doutait de la vérité des faits commentés dans l'historoigraphie des voisins. Il appréciait que l'histoire en lambeaux 18 des roumains avait besoin d'un honnête historien. J Michelet, à son tour, croyait que le destin s'était démontré hostile aux roumains et il avait attiré le malheur de leur patrie: la Roumanie de Trajan était la nation sacrifiée, fidèle à elle même, fixe en son génie primitif. Peuple né pour souffrir, la nature l'a doué de deux choses qui font durer: la patience et l'élasticitéÉ Le fond de cette résistance c'est un principe vivant, l'amour obstiné du passé, le tendre attachement à cette infortunée patrie, qu'on aime plus, plus qu'elle est malheureuse 19.

La place importante accordée par le romantisme européen à l'histoire se reflète aussi dans ces écrits des franco-roumains: des méditations lyriques, des romans et des légendes, des narrations sur les vestiges romains et chrétiens. Dans ses oeuvres on soulignait l'idée nationale, le droit des roumains à une patrie coïncidente à leur espace géographique traditionnel dans l'Orient de l'Europe. Les français s'interrogeaient par exemple sur la valeur du nouveau nom-Valachie-imposé par les pouvoirs protectrices. Ils commentaient le refus du peuple d'accepter cette titulature et de respecter dans leur conscience les noms anciens de leur contrée: la Dacie ou la Roumanie. Ce débat linguistique illuminait leur solidarité avec l'idéal roumain de l'unité des anciennes provinces. En évoquant dans leurs fictions épiques les époques dominées par des roix lettrés, les français (comme par exemple La Comtesse Dash ou Alfred Poissonnier) suggéraient la vocation européenne des roumains. Les menaces de la Russie qui remplaçait dans les Balkans la suprématie des Turcs effrayaient les français. C'est pour cela que la Princesse Aurélie Ghica considérait avec sagesse que les roumains doivent réconcilier leurs aspirations occidentales (matérialisées par l'amour pour la France) avec leur position géographique, dans l'Orient de l'Europe. Elle constatait que l'effort des roumains de se disloquer d'un espace auquel ils appartenaient des siècles navigant vers un Occident imaginaire est plein de menaces. Les roumains sont, selon l'opinion de la Princesse, une race singulière: les signes tracés sur le sable s'effacent sur le pied du passant, aussi des autres natures légères, elle reçoivent toutes empreintes et n'en gardent définitivement aucune. Chaque occupation fait sillon dans les moeurs, mais un nouveau coup de vent du destin balaie cette marque étrangère. Léger avec le Russe, grave avec l'Ottoman, bourgeois avec l'Autrichien, le Valaque est toujours lui et sa raillerie fait tour à tour la nique de ses maîtres du hasard. Seulement il a peu de préjugés, peu de foi dans les autres et nulle illusion. L'intérêt de moment le fanatisme pour telle ou telle puissance; mais son culte réel est pour son paysÉ20.

 

La Princesse Aurélie Ghica et les Roumains

"Depuis des années, on s'occupe de la Valachie. On rêve pour elle un bonheur au dessus même de ses ambitions. On écrit à son intention. On l'aime, sans la connaître, de cet amour idéal que parfois la réalité détruit. J'ai voulu qu' elle fut aimée pour ce qu'elle vaut, et j'ai essayé, non de la peindre, ce qui demanderait une toile plus vaste, mais d'en esquisser les traits principaux. Si j'ai réussi à donner une raison d'être à un opinion qui n'était qu'un sentiment, cela m'encouragera à entrer une autre fois dans le détail de ces moeurs qui, au sein de la vieille Europe, ont encore leur cachet étrange et primitif.

Ce qui fait le peintre et le poète, c'est la contemplation de la beauté physique et de la misère morale. Sortie brillante des mains du Créateur, mais opprimée par les hommes, la Valachie réunit cette double condition, et l'historien qui la raconte ne peut être encore qu'un poète ..."21

 

I. La vie et l'oeuvre littéraire

 

Ces réflexions appartiennent à la Princesse Aurélie Ghica, écrivain français qui avait vécu parmi les Roumains presque deux décennies et elles illustrent ses fortes liaisons spirituelles avec la famille de son mari roumain, Grégoire Ghica22, et de son peuple adoptif. Devenue veuve après dix ans de mariage (1848 - 1858), Aurélie a conservé, en signe de respect et fraternité, tout le reste de sa longue vie (1820 - 1904) le titre de princesse et le nom hérité de son époux.

Le père de la Princesse était un aventurier gascon, Paul Emile Soubiran23, originaire du sud de la France, et il a été conservé dans la mémoire affective de ses concitoyens comme un Casanova, qui avait traversé l'Amérique et l'Europe sous divers noms et visages. Aurélie, le plus sage et le plus fortuné de ses trois enfants, a hérité de son père la passion de l'aventure et des voyages dans les régions exotiques du monde. A 21 ans, en 1841, en fréquentant la bohème littéraire de Paris24, l'un de ses amis - Balzac - lui avait prédit un destin royale, à la suite d'un mariage avec un prince. La prophétie de l'auteur de la Comédie Humaine s'est avérée quelques années plus tard, en 1848, quand Aurélie s'est mariée avec Grégoire Ghica, venu à Paris pour soigner sa vieille mère, exilée depuis longtemps. On trouve le portrait de Grégoire, à cette époque, esquissé par sa femme au début du roman de confessions La Duchesse Cerni : "...il était l'étranger de distinction le plus à la mode à Paris ... il m'épousa au bout de quelques semaines. Je réalisai tout d'un coup le roman caressé par toute jeune fille : un mari opulent, titré, jeune et beau .... il avait trente-cinq ans: il était d'une beauté splendide.

Tout en lui était un éclat, depuis ses yeux jusqu'à ses dents. La force éclatait en lui, mais comme adouci par la grâce et la bonté ... le coeur était en lui comme un phare qui éclairait toutes les obscurités de la pensée et de l'intelligence... il était à la fois aristocrate par ses habitudes et démocrate par la générosité de son coeur ..."

La jeune femme découvrait sa nouvelle patrie au printemps de l'année 1848, en accompagnant son mari chez ses parents et elle avait la grande surprise de découvrir la capitale de la Valachie animée par les idées de la Révolution parisienne du février25. Le jeune couple, obligé de fuir les agitations révolutionnaires de Bucarest s'était réfugié pour quelques mois à Brasov, en Transylvanie, province roumaine plus calme à l'instant. La fin de la Révolution Roumaine, étouffée par les armées des Empires voisins (Ottoman, Russe, Autrichien) permettait à la jeune famille franco - roumaine de revenir à Bucarest et de s'installer définitivement dans le grand palais des Ghica, du faubourg Colentina. Dans le salon de ce palais, présidé par Marie Hangerli26 (la mère de Grégoire) se réunissait la beauté des aristocrates roumaines avec l'esprit brillant de la jeune française qui dévoilait son charme et sa culture aux regards fascinés des étrangers envoyés aux Provinces Roumaines avec de secrets et délicats missions diplomatiques.

La Princesse Aurélie se distinguait à l'époque non seulement dans les salons de l'aristocratie autochtone par sa conversation intelligente, mais aussi par les oeuvres27 dédiées à sa nouvelle patrie où elle reflétait d'une manière propre et inédite l'image des Roumains et de leur pays : La Valachie moderne (Paris, 1850) ; Lettre d'un penseur des bords du Danube (Paris, 1852); La Valachie devant l'Europe (Paris, 1852).

Ces oeuvres, baignées d'une mélancolie romantique, faisaient surtout l'éloge de la famille Ghica et soutenaient son droit de gouverner les Pays Roumains. On évoquait, dans ces écrits, un État féodal avec des relations économiques et des rapports harmonieux entre les gens. "Me voici au bout de l'Europe, à l'avant dernière halte de ce qu'on est convenu d'appeler la civilisation" (Lettres,p.24).

Malheureusement, quatre mois auparavant l'Union des Principautés Roumaines (du janvier 1859) Grégoire, personnalité illustre du temps avec la chance d'être élu prince, est disparu28 à la suite d'un accident tragique, à Paris. La jeune veuve héritait ainsi une fortune qui lui permettait de vivre confortablement le reste de sa longue vie.

Depuis l'Union de 1859, la Princesse Aurélie - comme une véritable patriote indigène - était devenue partisane fidèle du prince élu par le peuple roumain et faisait partie de la cour royale d'Alexandre Ioan Cuza comme dame de compagnie de sa femme, Hélène. En 1866, à la fin du règne de ce premier prince de la Roumanie moderne, Aurélie se retirait dans la contrée de son père : Lectoure.

C'était un belle époque francophile qui s'achevait dans les Principautés Roumaines et l'éveil d'une nouvelle période philoallemande inaugurée par Charles Ier de Hohenzollern, installé comme prince des Roumains par les opposants du régime Cuza.

Au mois d'août 1866 la Princesse faisait sortir de l'imprimerie un triste adieu plein de regrets. Il s'agit du dernier volume inspiré de sa vie parmi les Roumains, le roman épistolier La Duchesse Cerni29, où elle avait inséré quelques événements de sa biographie. La héroïne principale du roman, la Duchesse Cerni, comme Aurélie elle-même, désignait une Française qui s'était réjouie d'une enfance merveilleuse et d'une jeunesse entourée des copains littéraires célèbres. Le fil de la narration découvrait les illusions sentimentalesperdues de l'héroïne et exprimait son enchantement devant la société bucarestoise et son sincère attachement aux moeurs des Roumains.

Installée à Lectoure, Aurélie Ghica s'est habituée difficilement à la vie de la province française où elle rêvait de ressusciter la splendeur des réunions mondaines organisées à Bucarest, dans le palais de sa belle mère. L'art d'entretenir les relations avec les gens illustres et le plaisir de correspondre avec les amis de sa jeunesse attiraient à sa résidence de Lectoure des Français et des Roumains, comme par exemple le poète Vasile Alecsandri, les princes Alexandre Ioan Cuza et Ion Ghica. On comptait parmi les amis de sa patrie adoptive les français résidents la Roumanie (Ange Pechmeja et Ulysse de Marsillac) qui lui avaient publié avec générosité les réflexions dans les pages de leur journaux français parus à Bucarest 30.

La Princesse a continué, après 1870, son activité littéraire dans la province française où elle a fait imprimer des médaillons dédiés aux officiels et des comptes- rendus sur les actions littéraires charitables de la haute société lectouroise.

L'inspiration lyrique d'Aurélie s'est réveillée de nouveau en 1891 quand elle achevait d'imprimer un livre de réflexions morales, Pensées de la solitude, préfacé avec ironique bienveillance par son vieil ami, Alexandre Dumas -fils.

Restée seule dans un monde des jeunes qui ne lui comprenait l'âme, Aurélie Ghica nourrissaient sa vieillesse de beaux souvenirs de sa vie roumaine. Elle se confessait ainsi à un ami roumain: "... je sens dans tous les fibres secrets de mon coeur, combien je suis restée de ce pays, qui fut la patrie de mon bonheur..."31. Son testament final32, du mars 1904 désignait comme légataires des lectourois - probablement des parents éloignés -qui lui avaient restés fidèles jusqu'à la fin de sa vie.

II L'écho des oeuvres de la Princesse

 

L'écho des oeuvres de la Princesse Aurélie Ghica dans la conscience de ses contemporains français et roumains est faible. Seulement dans les moments dramatiques de son existence, la critique française et roumaine, à tour de rôle, lui a accordé attention. Son mariage avec Grégoire Ghica et l'accident de son mari ont été largement évoqués dans les rubriques mondaines des journaux. En 1870, la Commune de Paris et ses conséquences désastreuses pour la France permettait à la Princesse de faire entendre sa voix à Bucarest.

Les premières remarques sur l'oeuvre d'Aurélie sont de l'année 1845 : la critique signalait avec générosité le début littéraire de la jeune femme. Le reflet de son activité littéraire dans la conscience critique des Roumains s'apercevait en 1850, quand Dimitrie Bolintineanu33 commentait dans sa correspondance envoyée à ses amis, éxilés, La Valachie moderne.

Depuis 1852, les intellectuels roumains ont reconnu la solidarité de la Princesse avec leurs idéaux de liberté et de modernité. Pantazi Ghica34 (publiciste en vogue à Bucarest et parent de son mari) dans un long article faisait l'éloge de vraies descriptions produites par une imagination artiste et poète et remarquait l'esprit érudit et cultivé, le jugement droit et non partinique. Le journaliste approuvait dans La Valachie devant l'Europe les principes dignes, patriotiques, exprimés avec sincérité, élégance et bonne fois, des principes qui doivent triompher dans les esprits.

Le manque des traces de la présence de la Princesse parmi les Roumains a plusieurs causes. L'absence des traductions de ses oeuvres en roumain s'explique par le fait que tout roumain instruit de la deuxième moitié du XIX-siècle parlait et lisait en français. Ce bilinguisme cosmopolite a étouffé l'initiative de lui faire connaître l'oeuvre pour les ignorants de la langue de Molière. Une autre cause du silence qui a couvert son oeuvre après son départ en France on peut la nommer avec ses propres mots. Elle était perçue déjà en 1870 comme le dernier signe de la féodalité européenne, justement avant l'éveil des Pays Roumains de leur sommeil profond sous la domination turque. L'oeuvre philoroumaine d'Aurélie s'identifiait à une belle époque, aristocratique, condamnée par la modernité civilisatrice occidentale à disparaître définitivement. Les Roumains, qui reformaient en grande vitesse (brûlant les étapes) leur société, n'avaient plus l'envie de méditer sur des travaux qui faisaient l'éloge de la féodalité, considérée réactionnaire.

Selon sa confession, l'amour de la Princesse de son peuple adoptif a comme source les ressemblances de celui-ci avec les Français: "... il y a une grande ressemblance entre le caractère français et le caractère valaque; c'est le même enthousiasme prompte, la même légèreté oublieuse, ce goût naturel des choses élégantes et l'appropriation facile des inutiles fantaisies; vif et entraîné par la vie extérieure, il est très porté également par les spectacles, mais avec une pente plus sensuelle qui tient du climat, et moins du penchant pour l'étude. Il changerait aussi volontiers sa forme gouvernementale une dizaine fois en un siècle et serait révolutionnaire par humeur frondeuse plutôt que turbulente. C'est peut-être pour satisfaire ce penchant versatile que sa constitution recèle un germe incessante d'agitation..." (Lettres, p.112/113).

 

III. La correspondance avec les Roumains

 

Une des passions permanentes de la Princesse c'était la correspondance. Les traces de cette ferveur épistolaire se sont conservées en France et en Roumanie aussi. La Bibliothèque de l'Académie Roumaine possède plusieurs lettres privées d'Aurélie à de divers destinataires, princes et importants hommes politiques du pays35, comme par exemple : Alexandre Ioan Cuza36, Ion Ghica, Vasile et Constantin Boerescu.

Alexandre Ioan Cuza, le premier prince des Principautés Roumaines réunies en janvier 1859, s'était réjoui d'un respect plein de haute considération de la part d'Aurélie. Elle était fière de l'avoir soutenu pendant son court règne et de lui avoir caressé la tristesse amère pendant son exil.

Elle découvrait dans la physionomie de Cuza, un moderne roi Lear roumain, les principaux traits moraux du peuple: "Il me semble que vous personnifiez la nature particulière de ce pays. La force qui s'abrite sous la grâce. Je ne sais quelle empreinte, jeune comme la création de cette terre qui parait d'hier; avec l'acquité d'une bénédiction de Moyen Âge. Vous avez pris de la civilisation européenne ses vastes perspectives, sans perdre l'originalité des sociétés nouvelles. C'est ce qui fait Monseigneur, cette individualité attrayante qui éveille la sympathie et l'admiration. Ainsi doué et placé, comme l'est votre Altesse, les voeux sont- ils embarrassés de se produire... vous avez le génie et pour moi, je compte, sur les surprises de votre volonté..".

Plusieurs années après la disparition du monde des vivants d'Alexandre Ioan Cuza Aurélie lui gardait le même respectueux souvenir. Elle évoquait à ses jeunes amis français la personnalité de ce prince et lui soulignait la volonté politique et le courage d'inaugurer une nouvelle époque des reformes modernes et civilisatrices dans les Pays Roumains, encore pétris en 1859, dans une existence féodale: "Vasile Alecsandri est un de mes amis, amené chez moi par un plus cher encore, le Prince Cuza. Que de causeries à nous trois dont le souvenir est une douleur maintenant ! C'est ce Prince Cuza qui a fait l'union des deux Provinces qui sont aujourd'hui la Roumanie et obtenu son indépendance. La loi rurale est son oeuvre et ce grand patriote savait qu'en la faisant il risquait sa couronne, car il ruinait à moitié la noblesse qui ne devait le lui pardonner. Le Roi Charles est brave et honnête, mais l'action civilisatrice avait reçu son impulsion bien avant sa venue, des Princes indigènes. Je ne pense qu'un Allemand puisse s'imprégner du génie d'un peuple d'origine latine pour activer son développement dans le sens qui lui est propre. Les natures sont très différentes. Lui peut-être, et il est un très bon suzerain dans le domaine des choses pratiques; mais pour pénétrer dans la foi intérieure de l'esprit d'une nation, percevoir son idéal qui est en quelque sorte son âme visible, il faut être sorti de son sein ou avoir avec elle un long passé de vie et surtout de communes douleurs. Elle est entre les êtres comme une incarnation. La Roumanie trop convoitée a traversé de rudes épreuves, elle subit la fatalité attachée à sa beauté..."

Le destinataire des plusieurs lettres de la Princesse, conservés par la Bibliothèque de l'Académie Roumaine, est son cousin par alliance, Ion Ghica . Homme d'Etat avec une grande influence dans la politique intérieure de la Roumanie et de larges relations à l'extérieur de son pays, Ion Ghica37 représentait pour l'écrivain le modèle du politicien dévoué à l'idéal de la modernité roumaine. Après avoir été l'un des plus importants chefs de la Révolution Roumanie de 1848, il devenait après 1858 un des ministres libérales de Cuza et ensuite de Charles Ier. Après 1880, son influence dans la vie politique intérieure du pays s'est diminuée, grâce à l'intervention du roi Charles Ier qui l'a envoyé à Londres, comme son envoyé spécial. Reconnu parmi ses contemporains par son austérité morale et sa fidélité conjugale, Ion Ghica se dévoile dans la correspondance avec Aurélie sous une autre lumière. Les 11 lettres que la Princesse lui a destiné, appartiennent à l'intervalle 1860/1973.

Huit lettres, sans date, représentent un unique épisode sentimental, probablement de l'année 1860, quand I. Ghica était un des ministres dévoués de Cuza. Deux lettres ont la date : l'une est du 8 août 1966, du palais Ghica de Colentina et l'autre est écrite à Lectoure, le 19 octobre 1873. L'onzième lettre s'adresse avec "monseigneur" , elle suggère un moment du début ou de la fin des relations de la Princesse avec I.Ghica.

En tenant compte du message principal contenu dans ce petit roman sentimental, nous avons rangé les onze lettres en trois groupes : a) l'épisode passionné d'amour ; b) l'épisode des "neiges d'antan" ; c) l'épisode officiel (l'appellation monseigneur).

 

a). L'épisode passionné d'amour .

 

1) Cher Prince, Je prends sur moi sans en être sollicitée, sans savoir si je ne blesse pas vos sentiments de moins, vous recommander un homme, envers lequel il me semble qu'il y a un part pris d'animosité et qui est profondément malheureux parce qu'il était de bonne foi, un vrai champenois qu'il est. C'est Baligote. Prenez-le sous votre protection autant que possible. Je sais qu'il a pris de vous une éloquente visage. Jean Balatchano c'était peut être uniquement pour avoir à vous être obligé que je m'en assouvie à tout ce qui vous ce sera dit en sa faveur. La confiance est l'affaire d'instinct. Dans cette surprise des événements, je me suis sentie en sécurité dès que j'ai vu votre nom. C'était au dessus de l'orage présent comme un horizon de calme et de foyer dans cette forme douce et tranquille particulière aux natures achevées. J'ai donc repris le cours régulier sachant qu'on pouvait dormir, tandis que vous étiez au gouvernail. Tant que vous le tiendrez je suis en repos. Je ne crains ni les secousses de l'impatience ni les confiances enthousiastes qui ne noient pas les... Il y a des noms qui sont un drapeau, d'autres un programme, d'autres enfin un livre fermé contenant tout ce que l'acquité et la révélation apprennent à l'homme et d'où s'échappe la lumière et la vérité quant on l'ouvre. Je sais que vous avez le Sesam de ce summum mystérieux. Au revoir, chez Prince. Gardez-moi le secret de ma prière et faisons comme la Providence le bien en silence. Votre affectueuse, Aurélie Ghica.

2) Cher Prince, Vous pouvez être assuré que mon protégé, comme vous dites, se renfermera dans le plus absolu silence à l'égard de la situation. Je prends la liberté de vous avertir, puisque vous avez besoin d'être approuvé à l'étranger, qu'il serait peut-être admis de rassurer sur votre position les étrangers qui ont ici des engagements. Naturellement ils n'ont que l'opinion sur leur intérêt et comme chacun a un arrêt plus ou moins étendu de correspondance une foi assis sur leur position ils écriront favorablement. Ce qui sera peut-être en opposition avec les récits affichés et jettera sur ceux-ci une sorte de défaveur au moins pour ce qui touche Paris. Parmi les Français notamment vous avez M.. Bonnet qui est homme de valeur et de caractère qui a des amis en très bon lieu. Pardonnez à mon amitié ces renseignements familiers et croyez-moi dévouée à vous plus qu'aux choses et aux humains, Aurélie Ghica. J'ai reçu cette lettre après l'assurance que mon intermédiaire m'avait déjà donné. 

3) Cher Prince, Si vous pouviez dans quelque situation de garçon de bureau ou à la chambre, caser le porteur de cette lettre, vous m'aideriez à faire une bonne action. C'est un honnête serviteur qui parle le Français et qui c'est mis dans la gène par amour pour le mariage... dont je n'ai pu le préserver. Comme je vous sais de ceux qui sont forts, vous devez être doux aux petits; c'est pour cela que j'ose frapper à la porte de votre coeur, heureuse d'être avec vous, en communauté de bienfait. A vous, d'amitié sincère, Aurélie Ghica.

4)Vraiment mon Prince je joue de malheur avec vous. Quand vous êtes homme de loisir la rareté de votre présence me fait douter de vos bons sentiments pour moi et quand au milieu de vos importants travaux vous venez me faire la douce charité de quelques instants, le hasard m'empêche d'en profiter. Votre carte m'a gâté en... toute ma journée de villégiature. Pourtant je suis heureuse de votre bonne intention quoique je ne la tienne pas quitte d'une revanche. Il m'était pénible de penser que de votre sympathie d'esprit j'étais seule à me souvenir. Puis vous êtes une des vives admirations, l'espoir du nom qui nous est commun et je n'admets pas d'ombres dans mes astres. Je veux que le caractère soit le fier prince de l'esprit. Jugez donc si j'ai le droit d'être exigeante vis à vis de vous. Vous savez qu'on me trouve toujours après quatre heures quand vous serez las de votre labeur, *... à cette mélancolie que donne la vie publique pensez à une amie qui vous juge de haut et qui croit toute les taches au dessous de nos forces. Je vous tends la main,

P.sse Aurélie Ghica.

 

Note: nous avons remplacé avec ... les mots illisibles de la correspondance de la Princesse. Nous demandonsdes excuses à nos lecteurs pour ces pauses dans les énoncés transcrits selon les manuscrits de l'écrivain.

5) Je craignais que vous ne fussiez malade Prince. En voyant revenir tous les jours cette heure de quatre heures que vous sembliez avoir adoptée sans que votre présence vint lui donner la valeur. Portez vous d'une manière occulte les poids de cette politique d'essai qui nous régit ? J'épuise tous les suppositions pour n'avoir pas à vous accuser de caprice. L'amitié n'a pas ce droit. Ce n'est un sentiment supérieur aux autres que parce qu'il n'a pas ces ombres qui attristent l'affection. Après cela c'est une élection d'autant plus précieux qu'on la fait de sang froid. Peut-être faisiez acte d'excessif amour propre en pensant que vous m'avez élue. Mais c'est votre bienveillance qui a donné lieu à mon erreur et comme elle vous dis donc au revoir en toute confiance et a bientôt j'espère,

P.sse Aurélie Ghica

6) Je suis bien pauvre en livres, Prince, mais je mets à votre disposition l'obole de mon indigence. Je regrette beaucoup de ne pas vous voir et d'en être privée par une raison aussi triste que la maladie. Je penseque vous devez vous trouver bien isolé de tout ce qui vous est cher à ces heures mélancoliques et je vous envoie l'expression de ma sympathie, comme gardienne de votre chevet solitaire, P.sse Aurélie Ghica.

7) Votre carte Prince, m'a causé en rentrant plaisir et regret. J'ai été fâchée d'avoir perdu l'occasion de vous entendre; mais en même temps touchée que vous vous soyez souvenu de moi. Vous êtes si bien avec des personnes qui me haïssent que moi habituellement dédaigneuse de la calomnie j'en redoute les effets près de vous; aussi désirais-je vous voir plus souvent pour ne retenir que du jugement que formerez de moi. Si vous vouliez vous prêter à cette impartialité que je sollicite, vous seriez moins rare. Venez, donnez-moi par un sacrifice, l'illusion de votre volonté à mon égard. Si vous vous appartenez demain, mercredi, venez dîner avec moi sans façon en voisin à cinq heures. Si je ne reçois pas un triste contrordre, je vous attendrais et vous me ferez bien; votre obligée, p.sse Aurélie Ghica, mard. soir.

8) Puisque vous êtes malade je ne veux pas vous laisser une inquiétude d'amour propre. Eh non, je n'ai pas cru que vous fussiez l'inspirateur de ces changements et j'ai voulu vous piquer un peu précisément pour vous donner le désir de vous justifier. Cette diplomatie qui n'est que de l'humilité, vous prouve combien peu je compte sur moi seule, pour vous donner le désir de venir me voir. Il me semble que quand nos gouvernants s'inspireront de vous, je devinerai où commence votre collaboration et où elle finit. Ce sera quelque chose de calme et de fort comme vous même, d'indulgent et de sérieux par ce mélange de dédain de l'humanité qui fait la tolérance et par la conscience du point, où bien dirigée elle peut atteindre. Vous êtes un meneur d'hommes mais vous avez l'insouciance et la rêverie d'un poète et vous pourrez bien laisser votre bétail aller tout seul si vous trouvez qu'il ne vaut pas la peine, le beau soleil vaut mieux que votre médecin mais cependant ne soyez pas imprudent, même pour vos amis. Bonsoir, Prince, et dormez en paix sur vos lauriers d'abstention, P.sse Aurélie Ghica.

b) L'épisode des "neiges d'antan"

1) Vous m'avez oubliez cher Prince, vous avez mille raisons pour cela mais je ne puis me décider à les trouver bonnes lorsqu'il s'agit de vous. J'ai enfin reçu ma Duchesse que je vous envoie en titre de collègue; vous savez à quelle réciprocité cela vous oblige. Dites moi si vous pourriez faire parvenirsûrement un exemplaire à Fuad et un autre à Veffyk. Vous me rendriez service tant s'égare dans ses parages de Constantinople. Sans doute ma mutation n'a pas eu de succès. Il n'y a pas si bonnes paroles qui vaille des écus. A moins que selon l'usage de cette spirituelle ... constitutionnelle qui dispense de tout, le nombre qui est sottise ne soumette le génie. Au revoir, cher Prince. Vous voyez que je vous impose mes espérances et qu'il faut ou les biffer ou reconnaître la validité de leur échéances. Votre amie, A Ghica, Colentina, le 8 août '66.

2) Lectoure, le 7 octobre '73, Prince, il y a bien longtemps déjà que j'éprouve une sorte de remords de ne point rappeler à votre souvenir. L'an dernier vous vîntes chez moi à Paris, je vous ai aperçu à Bucarest et de ces entrevues qui ont échoué j'ai gardé le regret de ne vous avoir pas entretenu. Vous étiez la-bas pour moi un des esprits dans lesquelles j'avais le plus de confiance. Et quand nous avons échangé nos idées, je me trouvais un plus ... de richesse. Vous savez beaucoup et vous êtes simple et doux dans l'énoncé de vos opinions, comme ceux qui sont forts. Vous avez de la bienveillance et je ne sais quelle hésitation courtoise, qui fasse aux ignorants l'illusion de la victoire. Pour moi, vous réalisez l'idéal de l'homme d'Etat, contenu ferme et doux. Combien de fois j'ai pensé à vous en lisant les discussions de l'Assemblée. Quelle pauvreté de vraies politiques et comme je ne m'étonne guère de voir tout échoué. Jamais aucune crise de notre pays n'avait été aussi dénouée et c'est miraculeux de voir se maintenir la prospérité d'une nation si mal conduite. C'est que le peuple Français des Provinces est singulièrement différent de la plèbe parisienne qui fait les révolutions et l'étranger qui ne va qu'à Paris, ne connait pas la France. La Province travaille, produit, économise, mais rivée à la tâche quotidienne, elle a une grande indifférence politique, l'inertie de l'homme de la glèbe; elle laisse faire. Et accepte le gouvernement qui lui annonce le télégraphe. A quelle oeuvre occupez vous votre esprit ? Avez vous les joies du foyer domestique ? Vos fils ont-ils profité de l'éducation forte que vous leur avez fait donner ? Votre fille a-t-elle la grâce affable de sa mère, car vous étiez une famille et non les membres épars de cette société un peu frivole, constituant ce qu'on appelait la vie de Bucarest. Je l'ai aimé cette vie faite des choses brillantes et décevants qui veut une jeunesse éternelle. On garde toujours dans le coeur quelqu'attendrissement pour le pays où se sont écoules les plus beaux jours. Souvent je revois les beaux soleils qui dorent les coupoles et ils me semblent d'autant plus lumineux que le souvenir de celui de mes jeunes années s'y mêle. Mais le culte de la pensée et l'admiration de la nature consolent de bien de choses et on se sent toujours jeune quand le génie de l'homme et l'oeuvre du créateur peuvent encore vous enthousiasmer. Si vous avez mémoire de moi, Prince, donnez - moi de vos nouvelles et permettez - moi de vous exprimer une admiration que l'affection double. Princesse Aurélie Ghica, Lectoure, Gers, France.

c) L'Episode officiel

Monseigneur, j'ai été contrariée l'autre soir de répondre si mal à votre aimable attention, mais j'étais bien souffrante et un peu inquiète. Aux heures des agitations politiques, les faiblesses de notre l'épisode reprennent tout leur enfile et le mal de la solitude double l'amertume et le regret. J'aurais voulu vous dire combien j'avais été ferme pour notre pays de votre insuccès quoiqu'il soit la reconnaissance manifeste de votre valeur. Ne pas réussir en certain cas c'est triompher. Puis aussi, j'aurais voulu vous demander le vrai sens des choses qui nous entourent. Un véritable homme d'Etat n'est point fasciné par le moment et soulève le rideau de l'avenir. Est-ce la volonté d'un peuple qui triomphe des cabinets ou les haines et les jalousies des familiers patriciennes sont-elle le tissu de ce semblant de patriotisme. Avons-nous liquidé une situation ou commençons nous la lutte d'un sublime entêtement. Vous devez pressentir bien des faits encore cachés aux yeux des tous.

L'esprit ne juge pas seulement, il devine et l'expérience n'est que la comparaison de temps qui ont quelqu'analogie connue qui dirait la mémoire des siècles. Pour moi il me semble que la féodalité dont nous étions le dernier vestige a fait son temps mais je crains qu'on ne biffe le passé d'une main violente. Le principe démocratique qui a subsisté ici en dépit des formes aristocratiques va se transporter dans les habitudes et modifier notre reluire sociale. En bien, il y a une sorte de mélancolie qui s'emporte de nous en face de tout ce qui finit. Voilà notre famille à l'état de médaille à moins que vous, sorti d'une souche plus pure, moins compromise vous ne lui redonnerez cours. Dans tout les cas, j'espère que vos forces vives, vous les mettez au service de ce pays qui vous est ingrat: ce qui double le patriotisme de nos grands coeurs. Pour moi j'espère beaucoup de votre clairvoyance et un peu de votre protection. Il y a des liens de parenté de l'intelligence qui créent comme un passé d'amitié et il me semble que j'ai quelque droit de me dire votre parente et amie, Princesse Aurélie Ghica.


ADDENDA

Oeuvres de la Princesse Aurélie Ghica

 

Plaquettes imprimées à Lectoure

Note : la liste a été complété avec l'aide de monsieur Georges Courtès.

 

Bibliographie

     
  1. Lucian Boia, Istorie i mit in contiina româneasc, ed. Humanitas, Bucureti, 1997, p.186/189,

     

  2. J J Donnard, Les relations littéraires franco-roumaines aux XIX-e siècle. Les Français de Roumanie, Université de Paris Nanterre, 1986;

     

  3. J A Vaillant, Mémoire sur la nécessité de reprendre la question Moldo-Valaque et sur le mode le plus simple d'en obtenir une solution prompte et satisfaisante; documents des archives du M.A.E, dossier Valachie 1855, doc. 39, p.315-321;

     

  4. Eugène Poujade, Chrétiens et Turcs, scènes et souvenirs de la vie politique, militaire et religieuse en Orient, Paris, 1859, p.472;

     

  5. Comtesse Dash, Les mémoires des autres, 2 volumes, Paris, 1864, vol. , p.20;

     

  6. Jules Michelet, Principautés Danubiennes. Marie Rosetti. 1848, dans le volume Légendes démocratiques du Nord, Paris, 1968, p.210;

     

  7. Princesse Aurélie Ghica, La Valachie Moderne, Paris, 1852, p.5;

     

  8. Stanislas Bellanger, Le Keroutza, voyage en Moldo-Valachie, 2 volumes, Paris, 1844;

     

  9. Princesse Aurélie Ghica, Lettres d'un penseur des bords du Danube, Paris, 1852, p.24;

     

  10. Eugène Jouve, Lettres sur la guerre de l'Orient, Lyon, 1854;

     

  11. Xavier Marmier, Du Danube au Caucase. Voyage et littérature, Paris, 1854, p.141-142;

     

  12. Théodore Théot, Ode, Courrier de Bucarest, 2 juillet 1856;

     

  13. Doamna L (Marie Boucher), Omul muntelui, romans original, Bucuresti, 1858, p.67;

     

  14. Jules Michelet, op. cit., p.60;

     

  15. Princesse Aurélie Ghica, op. cit., p.60;

     

  16. Chevalier Appert, Voyage dans les Principautés Danubiennes dédié aux princes régnants de la Serbie, de la Moldavie et de la Valachie, Mayence, 1854, p.41;

     

  17. Xavier Marmier, op. cit., p.121;

     

  18. Edgar Quinet, Oeuvres complètes. Les Roumains, Allemagne et Italie, Paris, sans an;

     

  19. Jules Michelet, op. cit., p.222;

     

  20. Princesse Aurélie Ghica, La Duchesse Cerni, Paris, 1866, p.40;

     

  21. Princesse Aurélie Ghica, La Valachie devant l'Europe, Paris, 1858, Un mot qui n'est pas une préface ;

     

  22. La famille Ghica, dont les anciennes origines appartiennent aux communautés balkaniques, du sud du Danube (albanais) est une des plus illustres de la médiévalité roumaine. Les Ghica ont régné neuf fois dans les Pays Roumains et leur devise Labor omnia vincit improbus caractérise la vie et l'activité de ses représentants. Un des princes Ghica avait été étranglé par les Turcs pour son opposition à l'acte arbitraire de l'Empire Autrichien d'annexer le nord du territoire roumaine (Bucovine); le XIX-e siècle impose les Ghica à l'avant -scène de la vie publique des Roumains: Grégoire IV Ghica règne dans la Valachie entre 1822/1828; Alexandre Ghica règne dans la Moldavie entre 1849/1856; Ion Ghica est plusieurs fois premier-ministre (1859/1861 pendant le régime de Cuza; 1866/1867 et 1871 pendant le régime de Charles I). Une des femmes écrivains des Ghica, Elena, est connue sous le prénom de Dora D'Istria ;

     

  23. Louis Puech, Un aventurier gascon, Paul Emile Soubiran, Lectoure, Auch, 1907, apud H. Sales, Étude préliminaire sur la Princesse Ghica dans Bulletin Archéologique et Historique de Gers, III-e trimestre, 1967 ;

     

  24. Dans l'étude cité d'Henri Sales est reproduit un article signé Gerôme et paru dans l'Univers illustré du samedi, le 25 septembre 1858 qui évoque une réunion parisienne en 1841 chez Gavarni. Parmi les jeunes convives se trouvaient: Aurélie Soubiran et Balzac. Celui-ci, en étudiant les moindres linéaments des deux mains de la jeune femme lui proclame une destinée plus belle qu'elle ne saurait espérer et qu'elle régnera sur un peuple ;

     

  25. Dans une lettre du 7 juillet 1848 adressée à son banquier parisien, Grégoire Ghica l'époux d'Aurélie excuse le retard du remboursement de l'argent emprunté, a cause des troubles révolutionnaires bucarestoises: "... comme vous connaissez déjà de vos journaux nous avons eu premièrement le choléra qui nous à éloigné de nos maisons et du choléra nous sommes tombé dans pleine révolution qui nous a obligé à l'exil... Vous savez de votre propre expérience qu'une révolution épuise le bien-être d'un pays... et nous supportons non seulement les malheurs des temps mais la puissance corruptrice des idées françaises qui nous étourdissent..." (le fond de correspondance Ghica de la Bibliothèque de l'Académie Roumaine, 7/CXXXVIII) ;

     

  26. Sur le destin de Marie Hangerli, la femme de Grégoire IV Ghica, on peut trouver d'intéressantes informations dans C.Gane, Trecute viei de doamne i domnie, vol.III, ed.Junimea, Iai, 1973, p.81; la généalogie de Ghica - branche valaque - est décrite par Octav George Lecca, Familiile boiereti române, Seria I, Genealogia a 100 de case din ara Româneasc i Moldova, Bucureti, 1911 ;

     

  27. Les oeuvres d'Aurélie Ghica sont présentées dans J.M. Quérard: Essais d'une Bibliothèque historique des Princes Danubiennes, La Roumanie; Moldavie, Valachie et Transylvanie (ancienne Dacie), Paris, 1857; Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque Nationale de Paris, 1929; Bibliografia româneasc moderne, Ed.tiinific i Enciclopedic, 1986; Il faut remercier à monsieur Georges Courtès, président de la Société Archéologique du Gers qui m'a aidé à compléter la liste des travaux de la Princesse Aurélie Ghica avec ceux publiés à Lectoure après 1870 ;

     

  28. La mort de Grégoire Ghica est décrite par les journaux parisiens; leurs articles sont reproduits par Henri Sales dans l'étude déjà citée. On note, à notre tour, les informations suivantes sur l'accident, présentées par Le Constitutionnel : "... Le prince Valaque G. Ghica demeurant rue Tronchet se promenait hier soir - le 23 septembre 1859 - aux Champs Elysées dans une victoire attelée de deux cheveux. Arrivés au rond-sprit, les chevaux se sont emportés. Sous les efforts du cocher pour le retenir, les rênes se sont rompus et la voiture a été renversée. Les chevaux, continuantleur course effrénée, ont traîné le véhicule pendant une cinquantaine de mètres, avant d'être arrêtés par le courageux dévotament d'un ouvrier qui s'était jeté aux naseaux de l'un d'eux. Le Prince, enveloppé dans le tablier de la voiture, a été relevé mourant ; il a été immédiatement transporté chez lui où il a expiré quelques heures après ...Le cocher, sujet valaque, a été grièvement blessé; toutefois, sa vie n'est pas en danger... ". Dans un autre journal, Le Siècle, on donne plus d'informations sur cet accident : "... la femme et la mère du prince valaque se promenaient avec lui, peu avant l'accident. Mais se rappellent qu'elles avaient à faire quelques emplettes, elles descendirent de la voiture quelques minutes avant l'événement et étaient montées dans une voiture publique ... Le Prince, enveloppé dans le tablier de la voiture, a été relevé mourant; il a été immédiatement transporté chez lui où il a expiré quelques heures après... Le cocher, sujet valaque, a été grièvement blessé; toutefois, sa vie n'est pas en danger... Le Prince Ghica qui vient de mourir si cruellement n'était par comme on l'a dit, le frère du Prince Grégoire Ghica, dernier gospodar de Moldavie, lequel s'était tué une année auparavant à son château de Mée, près de Melun. Ces deux princes étaient cousins. Une prédestination funeste semble peser sur certaines familles... " .

     

  29. Cerni est un mot conservé dans la langue roumaine du slave et désigne la couleur noire; par extension il signifie douleur, larme, souffrance. Le nom de la Duchesse, Cerni, symbolise la tristesse d'une femme qui constate l'échec de sa vie intime.

     

  30. Le Pays Roumain, revue française fondée à Bucarest par Blaremberg, A. Pascal et P. Carp publie le 16 octobre 1870 une correspondance signée Princesse Aurélie Ghica.

     

  31. Lettre à C. Boerescu de 1883; elle se trouve à la Bibliothèque de l'Académie Roumaine.

     

  32. Le testament d'Aurélie nous a été offert par Georges Courtès à qui nous lui adressons nos sincères remerciements.

     

  33. D. Bolintineanu (1819-1872), poète romantique et partisan des reformes démocratiques dans les Pays Roumains, ministre de l'Instruction et des Cultes sous le régime d'Alexandre I. Cuza; il avait commenté dès 1850, les oeuvres philoroumains de la Princesse Aurélie dans sa correspondance avec I. Ghica; Opere, vol. XI, Coresponden, ed. Minerva, Bucureti, 1989.

     

  34. Pantazi Ghica, journaliste et prosateur philofrançais, publie dans le journal de D. Bolintineanu, Dâmbovia, nr.5/1858, 25 oct. , p.16, un article sur la Valachie devant l'Europe sous le titre La Littérature politique.

     

  35. Dans le fond de correspondance de la famille Ghica de la Bibliothèque de l'Académie Roumaine il y a 14 lettres de la Princesse Aurélie : 11 adressés à Ion Ghica ; 2 adressés à Vasile et C. Boerescu et 1 au prince Alexandru Ioan Cuza; B.A.R. S27 (1-11) DC XII.

     

  36. Alexandre Ioan Cuza est le premier prince des Principautés Roumaines Réunies (1859-1866), élu par le peuple en janvier 1859. Il s'était instruit en France et avait beaucoup d'amis français. Sa politique a été combattue par ses anciens camarades d'idées. Débarqué après un coup de palais, Cuza est parti dans un douloureux exil en France, où il a trouve sa fin:

     

  37. Ion Ghica (1816/1897), cousin par alliance avec la Princesse Aurélie. Il étudie à Paris entre 1853/1841. Après avoir fini ses études à la Haute École des Mines de Paris il revient dans son pays natale. On lui offre une chaire universitaire à Iassy. Membre de la franc-maçonnerie il fonde, dans les Provinces Roumaines et à Paris, des sociétés secrètes. En 1847 il s'était marié avec Alexandrine Mavros et sa famille comptait sept enfants.
Après la défaite de la Révolution Roumaine il s'est établi dans l'île Samos où il est devenu gouverneur. Il revient à Bucarest en 1858 et s'implique dans la vie politique: premier ministre pendant les régimes Cuza et Charles I er. Il se retire de la vie politique dès 1874 et se dédie à la vie scientifique et culturelle comme membre de 'Académie Roumaine et directeur général des Théâtre. Entre 1881/1891 il a été l'ambassadeur de la Roumaine a Londres. Il a trouvé sa fin après avoir présenté aux lectures roumains un volume: Lettres à Vasile Alecsandri (1884/1887).


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Mise à jour : 21 janvier 2009